Urbanisme ultraformel versus urbanisme informel : une autre voie existe, laquelle ?

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3 min de lecture  |  Publié le 11/04/2023 sur | Mis à jour le 16/05/23

Entre les deux voies extrêmes de l’urbanisme ultraformel et de l’urbanisme informel – deux modèles qui, de façon fulgurante, deviennent les outils prédominants de l’urbanisation mondiale actuelle – il y a sans doute une voie à redécouvrir, réinventer et redéployer collectivement aujourd’hui : une voie à la fois souple et ordonnée, évolutive et aménagée, abordable et mixte, dense et vivante.

Replacer les habitants au coeur du processus d’urbanisation

Cette voie, nous l’avons connue. C’est celle qui :

  • ne consiste ni à faire sans les habitants,
  • ni à laisser faire les habitants seuls,
  • mais à faire avec les habitants.

C’est celle de nos villes et villages qui, sur tous les continents :

  1. ont été construits collectivement, avec le temps,
  2. par le développement d’un tissu urbain qui se renouvelle sur lui-même, sans s’étaler plus que nécessaire,
  3. dans un processus incrémental et “bottom up” qui procède initiative par initiative, projet après projet, parcelle par parcelle, année après année,
  4. dans le cadre d’un droit foncier et d’une planification urbaine publique,
  5. grâce au développement de services et savoir-faire constructifs, techniques et artistiques,
  6. et une maîtrise d’ouvrage distribuée, assumée largement par la puissance publique pour les équipements, infrastructures et services collectifs, et largement par les habitants eux-mêmes pour l’habitat, laissant une place circonscrite à la promotion immobilière, qu’elle soit publique ou privée.

L’art de bâtir les villes et villages : un sujet universel

Cette voie, qui mêle l’aménagement public et le développement d’un tissu urbain en grande partie façonné par des espaces communs publics et des milliers de projets portés par les habitants, nous l’avons largement abandonnée pour entrer dans le paradigme des villes nouvelles et des quartiers neufs produits par la grande promotion immobilière, dont les prix de sortie inabordables dépassent la capacité d’achat d’une majorité des ménages.

Ce faisant, nous avons oublié, y compris en France, comment et par quelle organisation, par quels procédés, par quels droits à bâtir, par quel processus collectifs et individuels, nous pouvions faire émerger, étape par étape, un tissu urbain évolutif, reflétant l’identité de ses habitants, capable de croître de façon organique et de répondre de façon sur mesure à chaque besoin en s’intensifiant.

Cette image du Nouveau Caire, en cours de construction à 15km de la capitale historique, ne nous paraît pas familière.

Et pourtant… elle nous renvoie, en miroir, une image crue et sèche de nos conceptions urbaines récentes, de nos modèles économique actuels, de ce que nous devrons sans doute abandonner partiellement pour ouvrir la voie des villes et villages soutenables et abordables de demain.

Si le phénomène urbain du 21e siècle ne sera sans doute pas, pour l’essentiel, européen, l’art de bâtir les villes et villages devient, lui, un sujet universel qui nous concerne tous.

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