On ne sait plus produire de villes vivantes, alors on en fabrique des imitations

Perspectives
Publié le 02/04/26
Mis à jour le 02/04/26
3min de lecture
On ne sait plus produire de villes vivantes, alors on en fabrique des imitations
MVRDV | mvrdv.com

Valley, complexe mixte à Amsterdam (Pays-Bas). Conçu par le cabinet MVRDV pour le promoteur EDGE (2014-2022).

Nous voulons absolument tout contrôler, jusque dans chaque détail, mais nous devenons, dans le même temps, de plus en plus nostalgiques de ce que ce contrôle étouffe… la vie.

Alors nous essayons de la faire revenir.

  • Nous l’appelons.
  • Nous la mimons.


  • Nous cassons les lignes trop droites.
  • Nous déboîtons les volumes.
  • Nous suspendons des terrasses dans le vide.


Nous faisons couler un peu de verdure sur les façades, comme pour y laisser réapparaître quelque chose d’indocile, d’organique, qui aurait échappé au plan.

Et, pendant un instant, l’illusion fonctionne.

Nous regardons ces architectures et nous croyons y voir le retour du vivant.

Nous croyons voir une ville redevenue joyeuse, habitée, presque libre.

Nous croyons voir le désordre heureux des formes qui se sont ajustées avec le temps, des usages qui ont débordé et produit des espaces, des vies qui se sont approprié l’espace et y ont laissé leur trace.

Mais ce que nous avons sous les yeux, ce n’est pas la vie.

C’en est la nostalgie.

Figée dans un simulacre.

Une nostalgie sophistiquée, coûteuse, rigide.

Car ici, rien n’a poussé.

Tout a été décidé.

  • La rupture des lignes a été calculée.
  • L’irrégularité a été composée.
  • Le débordement a été prévu.
  • La spontanéité a été administrée.


L’apparent désordre y est d’une parfaite obéissance.

C’est peut-être cela qui trouble tant dans ce type d’architecture.

Elle ne célèbre pas la vie. Mais son inverse.

Elle exprime notre difficulté croissante à la laisser advenir.

Comme si nous ne savions plus fabriquer que des équivalents plastiques de ce que nous avons méthodiquement chassé de nos villes.

Pendant des décennies, nous avons comprimé les marges d’initiative :

  • Réduit les prises.
  • Rendu suspecte toute transformation non orchestrée.
  • Confondu l’ordre avec l’impossibilité, pour l’habitant lambda, d’agir. De transformer, de construire.


Et maintenant que le résultat nous apparaît pour ce qu’il est, stérile, monotone, et sans joie, nous essayons d’y réinjecter, non sans cynisme, les signes de ce que nous avons soigneusement chassé.

Nous demandons à l’architecture de nous rendre, par le biais d’une forme dessinée par un grand nom, ce que nous interdisons, de plus en plus, par effet de système : la liberté.

  • Des accidents qui n’en sont pas.
  • Des imprévus mensongers.
  • De la liberté simulée.


L’inverse de la vie.

Nous restons fascinés, nous les professionnels de l’architecture et de l’urbanisme, par le contrôle total.

Mais nous regrettons de plus en plus bruyamment ce qu’il détruit.

Alors nous fabriquons des architectures qui imitent des paysages habités, des fragments de ville spontanée.

Mais quelle hypocrisie de classe !

Et finalement : quelle laideur. Quelle étrangeté. Quelle prison.

Et quel paradoxe.

Vous connaissiez le  donne-moi ta montre, je te donnerai l’heure  ?

Voici le  donne-moi ta liberté, et je te donnerai un simulacre de vie Nous ne ferons pas la transition écologique avec un clergé Nous ne ferons pas la transition écologique avec un clergé  .

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