La fabrique de l’impuissance française repose sur une idée simple : empêcher chacun d’agir

Décryptages
Publié le 16/01/26
Mis à jour le 15/06/26
4min de lecture
La fabrique de l’impuissance française repose sur une idée simple : empêcher chacun d’agir
Denis Caraire

Saint-Georges de Didonne (17) et Royan à l'arrière plan.

Pour résoudre la crise du logement il faudra faire en sorte que les Français soient, à nouveau, libres de  faire construire .

Lentement, sans nous en rendre compte, nous avons réduit chaque Français au silence et l’avons privé de l’une de ses capacités les plus fondamentales : adapter son cadre de vie à ses besoins.

Pendant des siècles, nos villes et villages se sont fabriquées ainsi :

  • les habitants décidaient, pour eux-mêmes, selon leurs moyens et leurs besoins, de construire, de diviser ou d’agrandir, pour eux-mêmes ou pour louer ;
  • les logements étaient donc produits à la demande, et modifiés à la demande, grâce aux savoir-faire disponibles ;
  • les usages évoluaient, s’adaptaient aux besoins, aux climats, aux désirs, aux mœurs : maisons isolées, maisons de bourgs, maisons de ville, de faubourg ou de village, maisons à patios, petits immeubles, etc.
  • les erreurs étaient corrigées en marchant.


Nos villes et nos villages étaient imparfaits. Mais on pouvait les corriger pas à pas. Les amender. Et c’est ainsi qu’ils étaient pilotés par la vie réelle.

Quant à la puissance publique, elle investissait et fournissait, en avance ou en retard, l’infrastructure et les équipements nécessaires aux déploiement de nos vies individuelles, en échange d’une contribution financière de chacun.

Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un point où c’est exactement l’inverse qui se produit. Tout est a priori figé.

Congelé, pétrifié. Car nous avons décidé que :

  • la ville doit être préalablement conçue dans des bureaux, loin de ceux qui y vivent ;
  • les projets portés par les habitants doivent laisser la place aux grands projets portés par la puissance publique, comme aux grandes politiques sectorielles nationales ;
  • la production de notre cadre de vie doit être jugée pour sa conformité à un ensemble de règles et non pas par rapport au service réel qu’il rend.


L’habitant était l’un des coproducteurs majeur du logement des Français ; il est devenu une source de problèmes, d’initiatives à encadrer, et même à restreindre.

Le prix des logements était une information, il est devenu un symbole à combattre.

Les évènements de la vie (naissances, mises en couple, séparations, décès) étaient des déclencheurs de projets, ils sont devenues des variables à contenir, plutôt que des besoins à satisfaire.

Le résultat de tout cela ?

  • tout est bloqué,
  • tout est lent,
  • tout est conflictuel,
  • tout est hors de prix.


Et on appelle ça, avec une grande désinvolture :

  • planification,
  • écologie,
  • intérêt général,
  • protection,
  • modèle français


Alors que dans les faits, c’est en réalité l’organisation méthodique de l’impuissance.

On interdit aux habitants :

  • de diviser une parcelle pour en vendre une partie à un autre,
  • de faire bâtir la maison qu’il leur faut,
  • de surélever pour ajouter une chambre ou un logement en plus,
  • de transformer des usages,
  • de répondre à une demande locale, souvent la leur, par un projet simple, qu’ils peuvent porter eux-mêmes.


Puis on s’étonne :

  • qu’il manque des logements,
  • que les loyers explosent,
  • que les jeunes se sentent à l’étroit,
  • que la transition écologique échoue.


Ce qui est sidérant, c’est que nous poursuivons et approfondissons chaque jour cette politique fondée sur l’interdiction d’agir.

Une politique, ou plutôt un bureaucratisme, qui produit de la frustration, de l’impuissance et in fine des effets contraires à ses objectifs.

On demande aux citoyens d’être sobres, patients, responsables. Et maintenant… de faire des enfants. Mais on leur refuse toute possibilité d’agir sur leur cadre de vie, de s’aménager un espace décent pour vivre.

On empêche d’agir, de faire construire, on infantilise, on rigidifie, on fragilise les forces vives de la France.

Et on se demande :

  • Faut-il plus de règles ?
  • Faut-il mieux contrôler ?
  • Faut-il planifier davantage ?
  • Un nouveau éco-chèque ?
  • Un nouveau CERFA ?


Alors que nous devrions nous demander : sommes-nous prêts à rendre aux habitants un vrai pouvoir, non pas symbolique ou consultatif, mais opérationnel, d’adaptation et de transformation de leur cadre de vie ? De production des logements qu’il nous manque ? Là où ils manquent ?



trends.google.fr
Recherche effectuée sur Google Trends avec l’intitulé  faire construire  de 2004 à aujourd’hui (15/06/2026).

trends.google.fr
Une variante avec le thème de recherche  faire construire sa maison  de 2004 à aujourd’hui (15/06/2026) : encore plus catastrophique.