Ruée vers l’ouest : l’opportunité d’accélérer la réindustrialisation française ?

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3 min de lecture  |  Publié le 17/04/2024 sur | Mis à jour le 23/05/24

Pouvoir aller se baigner après une bonne journée de travail à “l’usine” ?

La ruée vers l’ouest n’est pas seulement hédoniste, touristique, économique. Elle est aussi l’un des leviers de la délicate et fragile réindustrialisation du pays.

Dans deux articles précédents, j’ai montré comment les départements de l’arc atlantique, qui comptent en 2021 11% de la population française et 11% des emplois, ont accueilli, ces 10 dernières années :

  • 26% de la croissance démographique (+624 000 habitants)
  • et 19% des créations d’emploi (+ 485 000 emplois).

On comprend aisément comment le solde migratoire positif de populations aisées et retraitées peut favoriser une économie présentielle, de service à la personne notamment, qui vient compléter la contribution du tourisme au dynamisme de l’économie locale.

4 villes de l’arc atlantique concentrent 37% des emplois industriels gagnés dans les aires d’attraction dont le solde est positif

Le fait que la côte ouest française soit aussi un lieu privilégié de la croissance des emplois industriels (INSEE 2009 – 2020 sur la carte ci-dessous) est moins connu.

Celle-ci est tirée en particulier par les territoires métropolitains de l’ouest et du sud ouest : 37% des emplois industriel gagnés dans les aires d’attraction qui ont un solde positif, l’ont été dans les zones d’emploi de Rennes, Nantes St-Nazaire, Bordeaux et Toulouse (qui ne rassemblent que 28% du stock d’emplois industriels de ces zones).

Cette carte confirme une nouvelle fois que le phénomène “côte ouest” devrait faire l’objet d’une réflexion d’aménagement du territoire et de justice sociale plus soutenue : l’attrait pour la proximité du littoral ne concerne pas que les retraités – en quête de calme et de douceur – et les touristes estivaux : les employés et les employeurs sont, eux aussi, à la recherche d’un cadre de vie épanouissant et ressourçant.

Permettre à tous les travailleurs d’accéder à ces territoires extrêmement convoités

Or ce sont bien les employés, notamment les jeunes actifs et les familles, qui éprouvent des difficultés à se loger à l’année sur le littoral breton, au pays basque, ou encore dans le coeur des métropoles de l’ouest.

L’accès à ces espaces – à travers la question majeure du logement – va devenir une question cruciale dans les années à venir, pour des raisons :

  • écologiques : recul du trait de côte et protection des espaces littoraux sensibles,
  • économiques : faire de la côte ouest française un levier pour la prospérité française – et peut-être la réindustrialisation du pays
  • sociales : penser un aménagement du territoire et une politique d’accueil des flux migratoires internes au pays qui soit équitable et juste.

Si nous souhaitons faire de la ouest française un atout pour soutenir, en particulier, notre politique de réindustrialisation, en rendant plus attractifs les métiers et les emplois qu’elle demande, il est temps d’aborder plus largement les questions de géographie, de flux migratoire et d’aménagement du territoire (au-delà des seules questions de l’érosion marine et des locations Airbnb).

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