Sols fertiles : protéger les jardins ou accueillir des jardiniers ?

Décryptages
Publié le 24/03/26
Mis à jour le 24/03/26
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Sols fertiles : protéger les jardins ou accueillir des jardiniers ?
Ryan Nicoll | unsplash.com

À Ris-Orangis, un bureau d’études a réalisé 400 carottages dans les jardins pavillonnaires1. Diagnostic : des sols fertiles. La municipalité a choisi de sanctuariser ces sols dans son PLU.

Mais d’où vient cette fertilité ? Et la sanctuarisation crée-t-elle vraiment les conditions qui permettent de la préserver ?

La classification internationale des sols identifie les sols de jardins pavillonnaires comme des Anthrosols2 : des sols  créés par les activités humaines . Des décennies de compost et de bêchage ont enrichi la couche supérieure du sol, créant ce que les spécialistes appellent un  horizon horticole .

La fertilité des jardins ne vient pas de la géologie locale mais du travail accumulé des jardiniers qui les ont cultivés.

C’est cette origine qui éclaire la seconde question.

Un jardin pavillonnaire est un milieu façonné par l’interaction continue entre le vivant et le jardinier. Sans son intervention, le système ne se maintient pas en l’état — il se simplifie. Geler l’évolution de ces jardins sans s’interroger sur la capacité du jardinier à y jouer son rôle, c’est protéger un écosystème en fragilisant l’espèce dont il dépend.

Mais qui est ce jardinier aujourd’hui ?

41 % des maisons individuelles sont en sous-occupation, habitées à 79 % par des personnes de plus de 60 ans (INSEE, 2025)3. Le jardinage reste physique — avec l’âge, le jardin peut devenir une charge.

Côté actifs, le temps manque. L’entretien intensif d’un jardin demande un temps considérable : l’OFEV4 l’estime à 45 min/m²/an, contre 5 à 8 min en gestion extensive (pelouse). Sur 600 m², cela représente 450 heures par an.

L’Ifop (baromètre Unep, 2025)5 confirme : 35 % des Français perçoivent l’entretien du jardin comme une contrainte — 50 % chez les moins de 35 ans.

Ce déséquilibre entre la surface disponible et la capacité d’entretien produit un résultat observable. L’analyse de 335 parcelles à Montfermeil sur dix ans (2013-2023) montre la dynamique à l’œuvre : la moitié des potagers ont disparu, les surfaces minérales sont passées de 11 à 16 %, la pelouse occupe 70 % de l’espace — et six fois sur dix, c’est le propriétaire en place qui a simplifié son jardin, dans des secteurs pourtant sanctuarisés par la commune.

La fertilité d’un jardin pavillonnaire n’est pas une propriété immuable du terrain — c’est le produit d’une interaction vivante entre un sol et un jardinier. Le profil de ce jardinier a changé : ménages bi-actifs qui manquent de temps, population vieillissante qui perd la capacité physique, nouvelles générations dont 70 % se contenteraient de 200 m² ou moins (Ifop/FFC, 2025).

Ces évolutions ne remettent pas en cause la valeur de ces sols.

Elles posent une question de conception : comment adapter la taille des jardins aux capacités réelles de ceux qui les habitent ?

Protéger la fertilité des sols urbains est un objectif essentiel. Le moyen le plus sûr d’y parvenir, c’est peut-être de s’assurer que chaque jardin a un jardinier en mesure de le cultiver.


Notes :

  1. Chevallier, Cécile. « Ris-Orangis : comment la ville a percé le secret de ses sols pour mieux construire », Le Parisien, 2024.
  2. IUSS Working Group WRB. « World Reference Base for Soil Resources 2014, Update 2015 », FAO, Rome, 2015.
  3. Sur l’évolution des jardiniers, voir l’analyse des dynamiques à l’œuvre dans les jardins pavillonnaires.
  4. Office fédéral de l’environnement (OFEV). « Le jardin climatique : Astuces et idées pour la promotion de la biodiversité », Berne.
  5. Ifop pour l’Unep. « Les Français et leur jardin : Baromètre 2025 », Union nationale des entreprises du paysage, mai 2025.