Urbanistes, nous passons des années sur des PLU de 1’000 pages. Nous organisons des concertations interminables. Mais il y a une carte que nous évitons : celle des prix.
Cette carte du refoulé
dit quelque chose de brutal : 6 à 8% du territoire français concentre la désirabilité. C’est là que les prix dépassent 3000€/m². C’est là que les gens veulent vivre. Et ce n’est pas un caprice.
La vérité des décisions
Chez Villes Vivantes, nous accompagnons 1’500 porteurs de projets par an. 10, 20, parfois 50 heures d’échanges par ménage. Nous sommes dans le registre des actes.
Des décisions mûries, coûteuses, irréversibles.
Déménager compte parmi les décisions les plus engageantes qu’un ménage prenne dans sa vie.
Et que nous disent ces décisions ?
Arrêtons d’appeler cela du foncier
. Le bon mot : emplacement
L’emplacement est devenu presqu’aussi important pour le logement que pour le commerce
.
Les gens n’achètent pas du mètre carré abstrait. Ils achètent une position dans le monde. La possibilité de vivre pleinement, sans segmentation. D’être parent, actif, et touriste
24h/24 au même endroit.
Celui qui travaille à Biarritz et voit le coucher de soleil sur la Côte des Basques chaque soir a accès à un statut : il a réussi sa vie. Non pas seulement professionnellement. Mais dans l’équilibre même de son existence.
La démocratie du sommeil
Voilà le piège. Dans ces lieux exceptionnels, seuls ceux qui ont déjà la chance d’y dormir ont le droit de voter. Et celui qui achète cher le dernier ticket verrouille ensuite l’accès.
Jean Viard appelle cela la démocratie du sommeil
. On vote là où l’on dort. Pas là où l’on travaille. Pas là où l’on aspire à vivre.
Le maire de Rosny-sous-Bois se félicite de 66% de permis de construire en moins… quatre mois après avoir inauguré une station de métro. Cette contradiction est structurelle.
Comprendre la recomposition, en faire un atout
Les faits : 200’000 personnes quittent l’Île-de-France chaque année. La West Coast concentre la moitié de ces trajectoires. Ce mouvement est massif, durable.
Xavier Timbeau l’a démontré : densifier au bon endroit peut réduire les émissions de CO2 des mobilités de 30% en 30 ans.
Le vrai défi n’est pas technique. Il est social et politique : apprendre à s’accepter les uns les autres dans les lieux les plus désirables.
Nous désirons les mêmes emplacements. Nous voulons accéder aux mêmes choses : emploi, nature, culture, équilibre. Si nous y parvenons, nous ne produisons pas seulement du logement. Nous redistribuons du statut. Nous rendons l’accès aux lieux les plus désirés moins exclusif.
Hier, universaliser l’eau courante a élevé le niveau de vie de tous. Aujourd’hui, le marqueur de statut n’est plus d’avoir un frigo. C’est de vivre dans un lieu exceptionnel.
Serons-nous capables de transformer cette recomposition organique en un atout stratégique pour la France ?
La question n’est plus de savoir si cette recomposition aura lieu (elle a déjà commencé) mais : allons-nous l’accompagner, ou la subir ?











