Comment nous avons cassé la boucle d’apprentissage qui fait vivre nos villes

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Publié le 17/12/25
Mis à jour le 05/01/26
3min de lecture
Comment nous avons cassé la boucle d’apprentissage qui fait vivre nos villes

Split, Croatie

Ou pourquoi nos quartiers neufs sont-ils (presque) toujours des échec ?

Il ne vous est jamais arrivé de vous demander :

 Ce bâtiment est presque neuf et il y a déjà ces coulures noires sur le crépi, mais comment-est-ce possible ? 

 Cela fait 5 ans que ces bâtiments sont sortis de terre, pourquoi ces locaux commerciaux restent-ils désespérément vides alors que la densité et la desserte sont là ? 

 On n’est qu’en avril, il fait 20 degrés dehors, comment ce bâtiment tout neuf peut-il se comporter comme une fournaise ? 

 On vient de mettre des dizaines de millions d’euros dans la rénovation des espaces publics autour de la gare, pourquoi n’y a-t-il quasiment personne qui s’attarde, qui flâne, qui en profite… ? 

On répond le plus souvent :

  • erreur de conception, manque de coordination,
  • absence de prise en compte des usages, défaut d’exploitation,
  • la faute à l’architecte, qui n’en a fait qu’à sa tête,
  • mauvaise programmation, maîtrise d’ouvrage absente,
  • budget beaucoup trop serré, pour faire de la qualité il faut du temps et des moyens,
  • images de concours trompeuses…

Pour y remédier :

  • On prends des AMO en plus, des consultants ceci et cela,
  • On imagine des normes plus sophistiquées,
  • On allonge les budgets en ponctionnant dans la caisse,
  • On se rassure en se taisant, on se voile la face.
  • Et on ne progresse pas.

Mais pourquoi ?

Comment des professions entières peuvent-elles autant se voiler la face, pendant des décennies ?

Comment nos rues neuves peuvent-elles demeurer aussi stériles, encore et toujours ? Malgré les milliers que nous avons bâties ?

La réponse est simple : nous attendons du projet ce que seul l’apprentissage peut prodiguer

Nous confondons conception et apprentissage.

La différence ?

  • Un projet repart de zéro à chaque fois.
  • L’apprentissage est une répétition humble, patiente, cumulative, qui progresse en corrigeant les erreurs, vérifie, stabilise et transmet.

A la base de tout art, de toute science, de tout programme de recherche & développement, il y a une boucle d’apprentissage qui confronte nos intentions au réel à travers des tests.

Nos villes ont toujours été de grands systèmes d’apprentissage distribués, opérant des milliers de tests sur le temps long.

Ma thèse est la suivante :

Le  test & learn  de nos villes a cessé de l’être le jour où nous avons cédé à ces 7  pêchés capitaux  :

  1. Se contenter de se conformer à une norme Lorsqu’une norme est construite sans apprentissage, elle ne corrige pas l’erreur : elle la rend obligatoire Lorsqu’une norme est construite sans apprentissage, elle ne corrige pas l’erreur : elle la rend obligatoire (≠ tester)
  2. Simuler sans mesurer Simuler sans mesurer rend l’apprentissage impossible Simuler sans mesurer rend l’apprentissage impossible (≠ tester)
  3. Croire réinventer Réinventer est une paresse Réinventer est une paresse (≠ tester)
  4. Chercher à standardiser Standardiser ce qu’on n’a jamais appris à améliorer ? Standardiser ce qu’on n’a jamais appris à améliorer ? (≠tester)
  5. Faire le bien Pourquoi les politiques apparemment les plus vertueuses sont souvent les moins efficaces Pourquoi les politiques apparemment les plus vertueuses sont souvent les moins efficaces (≠tester)
  6. Echapper aux conséquences de ses erreurs 2026 : (ré)apprendre à apprendre 2026 : (ré)apprendre à apprendre (≠ tester)
  7. Miser sur le bon sens collectif ou le génie individuel Quand le « bon sens » et le « héros » remplacent l’apprentissage : le cas du logement Quand le « bon sens » et le « héros » remplacent l’apprentissage : le cas du logement (≠ tester)
  8. Ces mécanismes produisent notre ignorance : je vous propose de les examiner un par un dans les jours qui viennent.


    Michael Waibel
    Vue de Keangnam Landmark Tower 72, Từ Liêm District, Hanoï, Viêtnam