En France, on ne manque ni de bonnes intentions, ni d’ingénieurs, ni d’idées, ni de diagnostics.
On manque cruellement de pouvoir d’agir.
Lentement, sans nous en rendre compte, nous avons réduit chaque Français au silence et l’avons privé de ses capacités les plus fondamentales.
Pendant des siècles, nos villes et villages se sont fabriquées ainsi :
- des (millions) d’habitants décidaient pour eux-mêmes, selon leurs moyens et leurs besoins ;
- les logements s’adaptaient grâce aux savoir-faire disponibles ;
- les usages évoluaient et s’adaptaient aux climat, aux désirs, aux mœurs ;
- les erreurs étaient corrigées en marchant.
Nos villes et nos villages étaient imparfaits mais ils étaient pilotés par la vie réelle. Quant à la puissance publique, elle investissait et fournissait, en avance ou en retard, l’infrastructure et les équipements nécessaires aux déploiement de nos vies individuelles en échange d’une contribution financière de chacun.
Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un point où c’est exactement l’inverse qui se produit : tout est figé, congelé, pétrifié car nous avons décidé que :
- la ville doit être conçue dans des bureaux, loin de ceux qui y vivent ;
- les habitants doivent obéir aux grands projets, comme aux grandes politiques sectorielles ;
- l’action doit être jugée pour sa conformité à une règle et non pas par rapport au service réel qu’elle rend.
L’habitant est devenu un problème à encadrer.
La vie, une variable à contenir.
Résultat ?
- tout est bloqué,
- tout est lent,
- tout est conflictuel,
- tout est hors de prix.
On appelle ça :
- planification,
- écologie,
- intérêt général,
- protection.
Mais dans les faits, c’est une organisation méthodique de l’impuissance.
On interdit aux habitants :
- de diviser une parcelle,
- de surélever pour ajouter une chambre ou un logement,
- de transformer des usages,
- de répondre à une demande locale, souvent la leur.
Puis on s’étonne :
- qu’il manque des logements,
- que les loyers explosent,
- que les jeunes se sentent à l’étroit et partent,
- que la transition écologique échoue.
Mais la vérité est brutale :
- une politique fondée sur l’interdiction d’agir produit de la frustration, de l’impuissance et, in fine, des effets contraires à ses objectifs.
On demande aux citoyens d’être sobres, patients, responsables. Et maintenant… de faire des enfants.
Mais on leur refuse toute prise sur le réel.
Une société qui empêche d’agir infantilise, rigidifie, fragilise ses forces vives.
Je crois que la question n’est pas :
Faut-il plus de règles ?
Faut-il mieux contrôler ?
Faut-il planifier davantage ?
Un nouveau éco-chèque ?
Un nouveau CERFA ?
La vraie question, la seule qui compte, est celle-ci :
- sommes-nous prêts à rendre aux habitants un vrai pouvoir, non pas symbolique ou consultatif, mais opérationnel, d’adaptation et de transformation de leur cadre de vie ?











