Les Balkans sont le premier spot de riche biodiversité à l’amont du déversoir que fut l’Italie pour notre flore post-glaciaire, comme l’érable de Naples en est le témoin1.
La géographie (complexité topographique et la proximité des mers Égée et Noire) en fit le refuge glaciaire le plus important de l’Europe2; le climat qui y fut moins rigoureux, avec une hygrométrie suffisante pour empêcher la désertification qui frappait le reste de l’Europe, permettant la survie d’une riche biodiversité végétale et animale. Diverses plantes survivantes, isolées par des montagnes, ne sont d’ailleurs pas remontées vers le reste de l’Europe. D’autres sont remontées retenues par nos lointains ancêtres, mais seulement partiellement.
On soulignera seulement ici le cas de deux arbustes très utiles pour notre biodiversité, et nos paysages futurs.
Le Cornouiller mâle
Le cornouiller mâle (Cornus mas), est bien remonté chez nous sur la moitié Est, de la Méditerranée à Lille3 (figure n°1). Il aime le chaud et le sec, démontre une grande plasticité pour les sols et les températures et se montre très plastique, tolérant des conditions de vie très diverses.
Il tient son nom du latin Cornus dérive de cornu (la corne), en référence à la dureté exceptionnelle de son bois qui est l’un des plus durs d’Europe et a la particularité rare de couler dans l’eau. Sa dureté en a fait le matériau principal pour la fabrication des sarisses, les piques des phalanges macédoniennes qui ont accompagné les conquêtes d’Alexandre le Grand. Plus proche de nous il a servi à la fabrication de pièces d’usures soumis aux chocs et à la friction (engrenage de moulin, manche d’outils) ou d’outils de mesures de fait de sa grande stabilité.
Il fleurit très tôt, dès février-mars, avant l’apparition des feuilles, en se couvrant d’une multitudes de fleurs jaunes qui lui confère un aspect vaporeux (figure n°2). Sa floraison précoce assure pollen et nectar à quantité d’insectes qui relancent leurs populations à la sortie de l’hiver (figure n°3).
Il fructifie très généreusement, donnant des fruits agréables, mais à récolter très mûrs (entre août à octobre selon le climat). C’est un fruit de consommation courante dans les Balkans (figure n°4), en Turquie ou en Iran ou il est consommé frais à pleine maturité, sert à fabriquer des boissons (liqueurs, vins et eaux de vie comme la Drenova rakija en Serbie et en Bosnie), à faire d’excellente gelées et confitures, ou est conservé en saumure comme des olives. Ceux que les gourmands laisseront sur l’arbre constitueront une réserve alimentaire riche en sucre pour les oiseaux (grives, merles) mais aussi pour les mammifères (blaireaux, renards, fouines) juste avant l’hiver…
Il nous reste à le déplacer sur tout le territoire jusqu’à l’Ouest : idéal en haies et aménagements esthétiques. On en profitera pour introduire les divers cultivars fruitiers qu’ont sélectionnés les horticulteurs des Balkans et d’Europe centrale4, avec des tailles, des formes et des arômes qui nous sont inconnus5.
L’Arbousier grec
L’arbousier grec (Arbutus andrachne) tient son épithète du grec andrachne (ἀνδράχνη), terme employé par le botaniste antique Théophraste ( -371 à -288 av. J.-C.) qui le décrit dans son Historia Plantarum pour le distinguer de l’arbousier commun, en insistant sur la nature singulière de son écorce. Car si il est très proche de notre d’Arbutus unedo avec lequel il s’hybride naturellement (Arbutus x andrachnoïdes) il s’en distingue par une belle écorce lisse, brillante, rouge-orangé qui se desquame avec élégance (figure n°5). Parmi ses autres caractéristiques remarquables : une floraison, non pas automnale, mais hivernale (en janvier- février) qui en fait une ressource nectarifère précieuse pour les abeilles et autres pollinisateurs au moment du réveil de la végétation (figure n°6), une bonne tolérance aux sols calcaires et une plus grande rusticité face au sec estival et au froid6.
A la différence du cornouiller mâle, lui n’est pas remonté jusqu’à nous, restant très majoritairement Est-méditerranéen (figure n°7).
Encore un candidat pour une migration assistée quasiment partout chez nous. On en profitera pour regarder les phénotypes à gros fruits que commencent à sélectionner les horticulteurs là-bas. Bien que moins charnus que ceux de l’arbousier commun, ses fruits sont comestibles (figure n°8) et font partie du patrimoine culinaire en Turquie et en Grèce, où ils sont transformés en confitures ou servent à l’élaboration de liqueurs.
Il y a du beau, du bon et du mellifère à récupérer dans les Balkans : un spot de biodiversité qui, bien que proche, n’a pas livré tous ses trésors.








Notes :
- Les analyses génétiques de plantes à distribution
amphi-adriatique
(présentes sur les deux rives), comme Acer opalus ou Ostrya carpinifolia, montrent souvent une diversité génétique plus élevée dans les Balkans (zone source ancienne) et une diversité réduite en Italie (effet fondateur dû à la migration récente). - Les données paléoclimatiques confirment que les Balkans furent le refuge glaciaire majeur du continent européen durant le Pléistocène. Voir : Tzedakis, Chronis. (2004). The Balkans as Prime Glacial Refugial Territory of European Temperate Trees. 10.1007/978-1-4020-2854-0_4.
- European Forest Genetic Resources Programme (EUFORGEN).
Cornus ma
. Consulté le 28 janvier 2026. - Klymenko, Svitlana, et Yurii Kornievskyi.
Cultivars of Cornelian cherry (Cornus mas L.) in the collection of the M.M. Gryshko National Botanical Garden of the NAS of Ukraine.
Plant Introduction 109-110 (2023): 6–15. doi.org/10.46341/PI2023002. - Une description de plusieurs variété fruitière sur le site du pépiniériste polonais Carya .
- Markovski, Aleksandar. (2017). Morphological characteristics of Greek Strawberry tree (Arbutus andrachne L.) genotypes. Acta agriculturae Serbica. 22. 193-206. 10.5937/AASer1744193M.
- Caudullo, G., Welk, E., San-Miguel-Ayanz, J., 2017. Chorological maps for the main European woody species. Data in Brief 12, 662-666. DOI: 10.1016/j.dib.2017.05.007











