Difficile à croire, mais en France, cette maison serait quasiment partout interdite à la construction.
Nous avons tellement intériorisé l’idée que le confort supposait de grands terrains que nous ne savons presque plus regarder une petite parcelle autrement que comme une anomalie.
Une bande de 5 m de large sur 20 m de profondeur ?
Nous y voyons immédiatement quelque chose de trop étroit, trop dense, presque indigne d’une vie familiale…
Nous n’y projetons ni la beauté, ni l’aisance, ni la lumière, ni la générosité.
Et pourtant.
Cette maison conçue au Vietnam par l’agence 85 Design tient sur 100 m² de terrain.
- 5 m de large,
- 20 m de profondeur,
- 5 niveaux,
- 1 atrium central,
- 1 rooftop.
De la lumière qui descend jusqu’au cœur de la maison.
Une ventilation naturelle.
Le végétal présent en façade, dans l’atrium, en hauteur, partout.
Ce projet est lumineux parce qu’il ne dit pas seulement quelque chose sur l’architecture. Il dit quelque chose sur l’urbanisme : il montre que nous ne manquons pas de foncier, mais de droits à bâtir.
Nous avons progressivement sacralisé un modèle dans lequel la maison désirable doit consommer du sol, et dans lequel la petite parcelle et la hauteur doivent être empêchées.
Nous avons fini par confondre qualité et extension spatiale, habitabilité et étalement.
Et nous nous étonnons ensuite que les villes s’étalent, que les mobilités s’allongent, que le foncier flambe, que l’accession se ferme ?
La vérité, c’est que nous ne faisons pas seulement face à une crise du droit de densifier.
Nous faisons face à une grande crise d’imagination.
Car de quoi parle-t-on lorsque l’on parle de BIMBY, de division parcellaire, de densification douce ?
D’une idée simple : faire la ville sur la ville, parcelle par parcelle, projet par projet, sans attendre le grand projet.
C’est cela que beaucoup de PLUi, et plus largement notre profession d’urbaniste, refusent encore.
Non pas la densité en soi.
Mais la démocratie de la densité.
Car la petite parcelle a une puissance politique et imaginative considérable.
Elle permet à des habitants, à des familles, de devenir les coproducteurs de leur ville.
Elle redonne de la capacité d’agir là où nous avons concentré le pouvoir de construire entre quelques mains.
Et c’est précisément pour cela qu’elle dérange.
Parce qu’une ville produite par additions successives, par divisions fines, par micro-projets, est une ville moins docile.
Elle échappe au fantasme du dessin total et oblige à penser en règles, en options et en possibilités plutôt qu’en objets figés.
Nous sommes donc face à un choix clair.
Continuer à tout miser sur les grandes opérations, aux procédures lourdes.
Ou rouvrir l’espace des possibles pour les petites parcelles, des divisions intelligentes, les maisons élancées et compactes
Qui a dit que la densité devait être austère ?
, en acceptant enfin que la ville ne se fabrique pas seulement d’en haut, mais aussi par la multiplication d’initiatives habitantes.














