Documents d’urbanisme et servitudes de droit privé : quelles sont les différentes réglementations qui peuvent s’appliquer à mon projet de construction ?

Par VVHOMES
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Publié le 08/03/24
Mis à jour le 28/04/26
2min de lecture
Documents d’urbanisme et servitudes de droit privé : quelles sont les différentes réglementations qui peuvent s’appliquer à mon projet de construction ?
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  • 1. Quelles sont les règles d’urbanisme applicables dans ma commune ?
  • 2. Droit privé et urbanisme
  • 3. En cas de litige, quels tribunaux saisir ?

Je viens d’acheter un terrain grevé de servitudes pour y faire bâtir une maison. Avant de démarrer mon projet, comment savoir si les servitudes attachées à mon terrain vont avoir un impact sur l’instruction des règles d’urbanisme relatives à mon projet ?

Quels sont les documents réglementaires qu’il faut prendre en compte ? Comment les règles relatives aux servitudes s’articulent-elles avec les autres réglementations en matière d’urbanisme ? Certaines prévalent-elles sur d’autres ? À quelle juridiction dois-je me référer en cas de litige1 ?

Découvrez quelles sont les différentes règlementations qui peuvent s’appliquer à votre projet de construction et leur relation avec les règles de droit privé pour avancer sereinement dans l’élaboration de votre projet.

1. Quelles sont les règles d’urbanisme applicables dans ma commune ?

La plupart des projets immobiliers nécessitent une autorisation d’urbanisme pour être réalisés. L’objectif des autorisations d’urbanisme est de sanctionner le respect de légalité urbanistique (Art. L421-62 du Code de l’urbanisme).

Article L421-6 du Code de l’urbanisme :

 Le permis de construire ou d’aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l’utilisation des sols, à l’implantation, la destination, la nature, l’architecture, les dimensions, l’assainissement des constructions et à l’aménagement de leurs abords et s’ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d’utilité publique […] .

Les autorisations d’urbanisme doivent respecter différentes législations prévues par le Code de l’urbanisme, les documents d’urbanisme3 locaux mais aussi d’autres règles, de portée urbanistique, présentes dans d’autres Codes, tel que le Code rural par exemple.

À défaut de

Il faudra alors veiller au respect de la législation visant la préservation du patrimoine, comme la protection des monuments historiques et de leurs abords, des Plan de Valorisation de l’Architecture et du Patrimoine (PVAP) et Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV).

Mais également des règlementations environnementales telles que les Plans de Prévention des Risques Naturels (PPRN) prévus par le Code de l’environnement (art. L562-1 et suivants).

2. Droit privé et urbanisme

Une autorisation d’urbanisme est délivrée sous réserve du droit des tiers4 (Art. A424-85 du Code de l’urbanisme). Cela signifie que le seul fait d’avoir obtenu un permis de construire ne suffit pas à être en règle avec toutes les législations, mais seulement avec celles mentionnées à l’article L421-6 du Code de l’urbanisme. Il s’agit là du principe d’indépendance des législations.

Article A424-8 du Code de l’urbanisme :

[…] Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d’urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s’estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d’autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d’urbanisme< /q>.

C’est-à-dire, qu’au-delà des aspects cités à l’art. L421-6 du Code de l’urbanisme ( l’utilisation des sols, de l’implantation, la destination, la nature, l’architecture, les dimensions, l’assainissement et l’aménagement des abords ), il revient au pétitionnaire lui-même de s’assurer que son projet est conforme avec le Code civil, les servitudes de droit privé éventuelles et les autres législations (Code rural, Code du patrimoine, Code de l’environnement, …).

En effet, théoriquement le service instructeur est tenu d’ignorer les règles de droit privé dans le cadre de l’instruction d’une autorisation d’urbanisme.

Exemple :

Le requérant conteste un permis de construire car la construction projetée entraverait sa jouissance des droits à l’usage des stationnements mentionnés dans le contrat de bail commercial dont il est preneur. Parce que ces droits trouvent leur origine dans un acte contractuel de droit privé, le moyen ne peut être retenu par le juge administratif (CAA de Bordeaux, 31 août 2018, n°16BX01694).

Jurisprudence6 :

Alors qu’un syndicat de copropriétaires s’appuyait sur l’empiétement d’un mur mitoyen7 sur sa propriété pour attaquer un permis de construire, le Conseil d’État a considéré que  dès lors que le permis de construire est accordé sous réserve des droits des tiers, le moyen tiré de la méconnaissance d’une servitude de droit privé ne saurait être utilement invoqué à l’encontre dudit permis  (10 juillet 1996, N°92016).

Par ailleurs, la constitution d’une servitude de droit privé ne dispense pas de l’obtention d’une autorisation d’urbanisme si cette dernière est requise pour les travaux envisagés.

Exemple :

Imaginons que l’on souhaite créer une fenêtre dans un mur aveugle8 qui se trouve à 1 m de la limite de propriété. Le Code civil imposant une distance d’au moins 1,9 m entre une vue droite9 et la limite de propriété, il est nécessaire de conclure une servitude conventionnelle10 de vue11 avec son voisin pour avoir le droit de créer cette fenêtre. Une fois cette servitude conventionnelle établie, on sera en règle avec le droit privé, mais pas avec le droit de l’urbanisme. En effet, dès lors que l’ajout d’une fenêtre modifie l’aspect des constructions, une autorisation d’urbanisme est requise — au titre de l’article R421-17 du Code de l’urbanisme. Il faudra alors effectuer une déclaration préalable, qui constitue un type d’autorisation d’urbanisme.

En savoir plus : Voir et être vu : tout comprendre aux servitudes de vue et de jour Voir et être vu : tout comprendre aux servitudes de vue et de jour Voir et être vu : tout comprendre aux servitudes de vue et de jour

2.1. Quelle hiérarchie entre PLU et servitude de droit privé ?

Le projet ne pourra faire valoir une constructibilité plus permissive que celle prévue par les documents d’urbanisme applicables.

Par exemple, une servitude de vue ne peut pas permettre une implantation de la construction avec vues à une distance inférieure de celle prescrite par le Plan Local d’Urbanisme le cas échéant.

Attention, il est possible de mettre en place une servitude de droit privé plus tolérante que le PLU en vigueur. Mais celle-ci ne s’appliquera que dans la limite des règles du PLU.

Exemple :

  • Le PLU impose une distance minimale de 5 m entre la limite latérale et un mur comportant des baies principales.
  • Il existe une servitude conventionnelle de vue qui impose que cette distance soit d’au minimum 3 m.
  • Le propriétaire du fonds servant12 ne pourra édifier une construction en deçà de la règle des 5 m imposée par le PLU.

Dans ce cas, le PLU prévaut.

En cas d’évolution des règles PLU vers des règles plus permissives, la servitude perdurera et pourra ainsi être mise en œuvre.

Il ne faut donc pas faire abstraction du droit privé lors de la conception d’un projet : lorsque qu’il existe une ou plusieurs servitudes de droit privé plus restrictives que les règles d’urbanisme, ces servitudes prévalent.

Reprise de l’exemple précédent :

  • Il existe une servitude conventionnelle de vue qui impose que cette distance soit d’au minimum 3 m.
  • Si le PLU évolue vers une distance de 2 m, le propriétaire ne pourra choisir une implantation en deçà de 3 m.

Dans ce cas, c’est la servitude de droit privé qui prévaut.

Les servitudes de droit privé ne sont pas toujours visibles dans les titres de propriété ou dans les relevés d’état hypothécaire13 des fonds concernés. En effet, certaines servitudes sont dites légales14, c’est-à-dire qu’elles sont directement prévues par le Code civil.

Le projet doit être également conforme au Code civil. Par exemple, en matière de vues, de jour15 et d’ouvertures, le Code civil prévoit des distances minimales à respecter entre les fenêtres et la limite de propriété.

En savoir plus : Comment créer une servitude de droit privé ? Comment créer une servitude de droit privé ? Comment créer une servitude de droit privé ?

3. En cas de litige, quels tribunaux saisir ?

3.1. Saisine du tribunal administratif

Un recours portant sur une décision administrative relative à une autorisation d’urbanisme (comme un refus ou une acceptation de permis de construire) doit être faite devant les tribunaux administratifs.

Exemple :

Si l’on demande au juge administratif de sanctionner la légalité d’un permis de construire délivré pour une construction qui génère une vue droite en méconnaissance des dispositions du Code civil, par le principe d’indépendance des juridictions, le juge conviendra que le moyen n’est pas opérant. Le PC est illégal au regard du code civil, mais pas de la législation urbanistique définie à l’article L421-6 du Code de l’urbanisme.

3.2. Saisine du tribunal judiciaire

En cas de violation d’une servitude de droit privé, les tribunaux civils sont compétents. La requête d’une personne lésée par la méconnaissance de dispositions de droit privé ne peut être reçue devant le juge administratif. Elle devra être entendue par le tribunal judiciaire.

Jurisprudence :

Dans la décision N°68107 du 12 mai 1989, le Conseil d’État a considéré  qu’il n’appartient à la juridiction administrative ni de se prononcer sur l’aggravation ou la création des servitudes par des personnes privées sur des fonds privés ni de veiller au respect par des copropriétaires d’un règlement de copropriété, dès lors que ce règlement n’a pas été approuvé par l’autorité administrative .

De cette manière,  le moyen tiré de la méconnaissance de ces règlements de droit privé par le bénéficiaire du permis ne peut qu’être rejeté .

3.3. Cas particulier

Toutefois, la Cour de cassation a arrêté que le juge judiciaire empiéterait sur la compétence du juge administratif s’il ordonnait la démolition de logements sociaux présentant le caractère d’ouvrage public, même si cette démolition fait suite à la méconnaissance d’une servitude de droit privé, en l’occurrence d’une servitude de non aedificandi (Cour de cassation, 16 mars 2023, N°21-22.693).


Notes :

  1. Litige : Différend entre plusieurs parties concernant l’exercice d’un droit.
  2. Article L421-6 du Code de l’urbanisme : Relatif à la conformité du permis aux dispositions législatives et réglementaires.
  3. Documents d’urbanisme : Instruments de planification et de règlementation de l’aménagement du territoire (PLU, PLUi, CC, RNU, PPR, PSMV). Ils définissent la règlementation de la constructibilité.
  4. Sous réserve du droit des tiers : Toute personne qui s’estime lésée par la méconnaissance du droit privé peut faire valoir ses droits auprès des juridictions civiles, à condition qu’elle ait un intérêt à agir.
  5. Article A424-8 du Code de l’urbanisme : Précise que le permis est délivré sous réserve du droit des tiers.
  6. Jurisprudence : Solution donnée par un ensemble de décisions judiciaires sur un point de droit litigieux.
  7. Mur mitoyen : Un mur mitoyen est un mur dont deux personnes jouissent de la propriété en commun (c’est une forme d’indivision forcée).
  8. Mur aveugle : Un mur ou une façade aveugle ne comporte aucune ouverture.
  9. Vue droite : La vue droite est mentionnée à l’article 678 du Code civil. Elle permet de voir directement chez le voisin sans avoir à tourner la tête.
  10. Servitude conventionnelle : Créée de façon facultative par un accord amiable, négocié entre les parties pour leur confort respectif.
  11. Vue : Ouverture qui laisse passer l’air, la lumière et la vue. Elle peut s’ouvrir et bénéficier d’un verre transparent.
  12. Fonds servant : Propriété qui supporte la servitude au bénéfice de la propriété voisine (elle rend le service).
  13. État hypothécaire : Document officiel délivré par les services de publicité foncière fournissant les informations sur la situation juridique, les charges et droits (servitudes, hypothèques) pesant sur le bien.
  14. Servitude légale : La servitude légale s’obtient de droit, selon ce que prévoit le Code civil.
  15. Jour : Ouverture scellée qui laisse passer uniquement la lumière (verre opaque, grille à mailles de 10 cm max), sans vue ni air.