Et parfois, ceux qui construisent ces murs — les urbanistes — ne s’en rendent même pas compte.
Une ville peut être officiellement ouverte, inclusive, bienveillante. Mais concrètement, fermée.
Par des murailles immatérielles, infranchissables :
- des empilements inextricables de règles complexes,
- des combinaisons incalculables de coefficients abstraits,
- des enchevêtrements de chartes, dont l’interprétation est hasardeuse, et qui finissent pas fonctionner comme des barbelés.
À force de bonnes intentions, nous organisons le rationnement, l’exclusion et le report géographique vers l’extérieur.
À l’intérieur : une ville vivante, mixte, chaleureuse. Logement social, commerce, restaurant, bureaux, enfants à vélo. La promesse de la ville stationnaire. Limitée. Figée. Qui affiche complet.
Et même plus que complet : on s’y bat, chaque jour, pour demander deux étages en moins aux promoteurs. Pour réduire les coefficients d’emprise au sol. Le nombre de lots autorisés. Pour limiter la création de nouveaux logements… pour dire à ceux qui voudraient entrer eux aussi… qu’ils seraient plus heureux ailleurs.
Chaque nouvelle règle est adoptée, bien sûr, au nom de l’intérêt général. Et même aujourd’hui : de la morale.
- Préserver.
- Planter.
- Protéger.
- Encadrer.
- Garantir la qualité.
- Faire preuve de sobriété, de frugalité.
Mais chaque nouvelle disposition, chaque nouvelle exigence, chaque nouvelle règle poursuit l’élévation du mur. Et c’est ce mur qui finit par produire la rareté.
La pénurie de logements ne tombe pas du ciel. Elle est le résultat concret de nos décisions, de nos délibérations, de nos plans et règlements.
Oui, nous érigeons des murs de papier
Le Grand Downzoning
:
1/ Des murs de papier qui privatisent, au profit d’une minorité, et à l’aide de moyens publics, les cœurs métropolitains, leurs équipements, l’accès facilité à leurs emplois1.
2/ Des murs de papier qui créent des effets de report géographiques, augmentent l’étalement urbain, son impact sur la biodiversité, ainsi que les mobilités du quotidien et leurs émissions de gaz à effet de serre2.
3/ Des murs de papier qui créent l’infrastructure des inégalités patrimoniales — notamment intergénérationnelles — ainsi que les conditions de leur accroissement3.
Nous accélérons le changement climatique par la fracture sociale. Au nom de principes qui se revendiquent de motivations écologiques, et sociales.
Il est temps d’élever notre niveau de compréhension systémique de ce qui se joue dans l’organisation de nos territoires, leur inaccessibilité, l’interdiction massive de la densification, du renouvellement urbain, la crise du logement, et son impact sur la crise climatique.
Il est temps de sortir du dogme moins = mieux
.
Il est temps de dire oui. Et de déconstruire ces murs de papier.
Notes :
- Organic Cities. Les grandes villes et l’accès aux opportunités professionnelles. Consulter l’étude.
- Organic Cities. Densifier pour accueillir plus : une opportunité pour le climat. Lire l’analyse.
- VV Guide. (2025). NIMBY plus et hausse des inégalités patrimoniales. Lien vers l’article
NIMBY, PLUs et hausse des inégalités
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