La planification territoriale et l’urbanisme réglementaire sont en panne parce que l’urbanisme meurt de ne pas accepter l’inconnu, et de ne plus considérer que face à l’incertitude, l’audace est aussi une responsabilité.
C’est le message central que Julien MEYRIGNAC nous a adressé en septembre à Rennes lors du colloque Organic Cities 2.
Son intervention résonne avec la question que je posais vendredi sur la French West Coast, en relisant l’intervention de Thomas HANSS : comment ajouter 20’000 logements/an, dont 40’000 abordables sur un total de 80’000, sans étalement, en activant 1%/an du stock par la densification douce ?
Mais une capacité d’accueil n’a de valeur que si elle reste viable dans un monde d’aléas croisés.
C’est l’objet de l’intervention de Julien Meyrignac : passer de la planification comme exercice de capacité, à la planification comme facteur de viabilité.
Autrement dit : envisager non seulement ce qui peut vivre
, mais ce qui peut se développer
, sans opposer conservation et développement.
Son point de départ : l’urbanisme travaille désormais au prisme du désordre. Aléas, risques, incertitudes.
Et cette incertitude n’est pas seulement un problème de connaissance, c’est aussi un problème de posture politique et technique.
Il nous propose ici une clarification utile :
- la fragilité : ce qui ne supporte pas l’imprévu, casse (et peut être compensé, ou pas),
- la robustesse : ce qui peut être renforcé,
- la résilience : ce qui peut revenir à l’état initial,
- l’antifragilité
L’optionalité, cette propriété qui nous permet de faire de l’imprévu un atout
: ce qui progresse et se transforme grâce au désordre.
Sur les littoraux, où les aléas se superposent et où les risques pèsent de plus en plus lourd :
être résilient
ne suffit pas,- et le retour à l’état antérieur est parfois impossible, ou économiquement absurde.
L’enjeu devient la transformation.
Et c’est là que tout s’éclaire pour la French West Coast.
Certes,
La ruée vers l’ouest
n’était pas prévue,
Ce n’était pas un projet d’aménagement du territoire.
Plus intense depuis une dizaine d’années, elle surprend, crée des tensions, mais aussi des opportunités, des emplois, de la culture, du désir.
Mais,
Elle est le résultat de décisions mûrement réfléchies : individuelles, familiales, entrepreneuriales,
Ce sont des décisions géographiques, de déménagement, de migration.
En réalité,
Ces décisions sont déjà des adaptations, des transformations pleines d’audace face aux risques, aux aléas, aux changements observés par l’ensemble des acteurs.
Notre erreur,
Voir ces décisions comme superficielles, des sortes d’achats compulsifs (notre pêché mignon : ne pas prendre au sérieux l’usager).
Nous sommes donc face à un début de mouvement organique : grandes décisions top down (TGV) + myriades de décisions locales (déménagements).
Un début plutôt audacieux !
Alors faut-il chercher à le bloquer coûte que coûte ?
Ou accepter de considérer les scénarios de transformation territoriale qu’il nous propose ?













