La densification douce peut activer le maillage vert que l’urbanisme écosystémique appelle de ses vœux

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Publié le 06/03/26
Mis à jour le 06/03/26
3min de lecture
La densification douce peut activer le maillage vert que l’urbanisme écosystémique appelle de ses vœux
Kevin Keatley | flickr.com

La densification douce peut activer le maillage vert que l’urbanisme écosystémique appelle de ses vœux.

Le chapitre final de l’ouvrage Ecologie urbaine (chap. 35, Clergeau & Blanco)1 pose un cadre ambitieux : l’urbanisme écosystémique.

L’objectif n’est pas de verdir la ville, mais d’en faire un écosystème vivant — où l’humain est partie prenante du système.

Non pas l’apparence du naturel, mais l’autonomie de son fonctionnement.

Les auteurs esquissent trois niveaux de maturité progressive :

  1. Planter du  vert  : ce que pratiquent la plupart des villes aujourd’hui, mais sans fonctionnement écologique réel ;
  2. Créer une biodiversité fonctionnelle ;
  3. Viser des écosystèmes auto-régénérants : des systèmes qui rebondissent seuls après perturbation et qui favorisent la biodiversité avec une gestion minimale.

Pour y parvenir sans renoncer à la densité, Clergeau propose de prendre appui sur un maillage de  microsites végétalisés omniprésents .

Mais il ne précise pas ce que seraient ces microsites — leur forme, leur échelle, le mécanisme qui les produirait.

Or ce maillage existe déjà en grande partie : il s’agit de nos jardins pavillonnaires.

L’APUR le chiffre par exemple en Île-de-France2 :

  • 416’500 pavillons,
  • 10’700ha, un cinquième du vert métropolitain.

Seulement, ce potentiel écologique reste à activer :

  • pelouse omniprésente,
  • seulement 2,2 arbres de faible développement par parcelle,
  • sol  peu vivant ,
  • surfaces  très pauvres écologiquement .

Une voie pragmatique existe pour activer ce maillage au service de l’écologie : la densification douce.

416’500 jardins vieillissants peuvent devenir, par division, 600’000 à 800’000 jardins — faire d’un jardin deux jardins — pour répondre simultanément à plusieurs enjeux :

  1. L’accès au logement ;
  2. La démocratisation du jardin ;
  3. Faire évoluer les pratiques dans les jardins pour la biodiversité.

Accueillir plusieurs centaines de milliers d’habitants jardiniers, dans des parcelles de taille adaptée à leur capacité d’entretien, pour passer du premier niveau décrit par Clergeau (planter du vert) à un urbanisme réellement écosystémique.

Comment garantir que la densification s’accompagne de transformation écologique ? Clergeau nous donne la clé en nous rappelant qu’un habitant qui a un jardin ne fera rien sans accompagnement.

La densification douce n’est pas une solution miracle. Elle demande un travail fin, parcelle après parcelle, jardinier par jardinier.

Accompagner cette transition vers plus de densité et plus de biodiversité est un défi collectif, mais la perspective qu’elle ouvre vaut qu’on y consacre toute notre énergie : ouvrir les portes de nos villes à ceux qui souhaitent y vivre, activer le potentiel écologique des jardins et en finir avec l’étalement, dont le bilan écologique est négatif et irréversible.


Note :

  1. Clergeau, P., & Blanco, É. (Dir.). (2024). Écologie urbaine : Pour un urbanisme écosystémique. Éditions Quae.
  2. Labasse, A., Pelloux, P., Jankel, S., Baroin, P., Desvigne, M., Cloarec, M., Delon, F., Libens, B., Bonnefond, V., et al. (2026). Vers un parc pavillonnaire du Grand Paris : Mise en valeur d’une mosaïque de jardins individuels. Atelier Parisien d’Urbanisme (Apur).