Les urbanistes, serruriers du « camp du non » ?

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Publié le 15/01/26
Mis à jour le 15/01/26
2min de lecture
Les urbanistes, serruriers du « camp du non » ?
Loïc Déquier | sudouest.fr

Denis Caraire, urbaniste à Bordeaux

    Écrire des règles dissuasives, par leurs effets comme par leur complexité.

    Rétablir un minimum parcellaire sous forme de chartes bien intentionnées.

    Sanctifier certains sols, en détournant le regard quand l’artificialisation progresse, à l’écart, dans des territoires de report…

    Le catéchisme de l’abstention de construire pourrait bien devenir une branche à part entière de l’exercice du métier d’urbaniste.

    La déontologie de la profession nous confie pourtant des responsabilités claires :

    • Garantir que le logement ne devienne pas un bien de luxe.
    • Répondre à une démographie encore croissante et à l’augmentation des ménages seuls.
    • Lutter contre la ségrégation sociale.
    • Éviter la renonciation aux études, aux emplois, faute de logement.
    • Choisir l’écologie là où elle est réellement efficace : dans les centralités, alors que le refus systématique de construire ou transformer en ville alimente l’étalement urbain Logement : comment bâtir autrement tout en limitant l’étalement urbain ? Logement : comment bâtir autrement tout en limitant l’étalement urbain ? , l’artificialisation diffuse, les déplacements contraints, et déplace la charge écologique vers les périphéries rurales.

    Nos métiers ont profondément changé : nous ne travaillons plus sur des feuilles blanches mais dans des territoires habités, complexes, contraints. La première forme de reconnaissance de cette complexité, c’est de ne pas céder aux sirènes du camp du Non et de se retrousser les manches pour qu’écologie et progrès social aillent enfin de pair.

    Une tribune collective publiée dans Les Echos le 18 décembre 2025 Quand le « bon sens » et le « héros » remplacent l’apprentissage : le cas du logement Quand le « bon sens » et le « héros » remplacent l’apprentissage : le cas du logement a marqué l’émergence du mouvement YIMBY en France.

    Cosignée par des personnalités du logement, de l’urbanisme et de l’économie, elle appelle à choisir le camp du  oui  face à la crise du logement, en s’opposant au syndrome NIMBY qui bloque la construction, fruit de certains riverains, qui pressent les élus, mais aussi, de plus en plus, de  sachants  de la ville. Sous couvert d’une vertu environnementale dévoyée, chaque projet suscite un  oui… mais pas chez nous .

    Les logements vacants ont bon dos. L’aménagement du territoire, les arbres, la biodiversité… également. Tout devient prétexte, étendard pour associer l’acte de construire à l’acte de salir.

    Or savoir où et quoi construire est le travail des urbanistes.

    Nous ne devrions pas nous laisser corneriser par des élus locaux eux-mêmes pris en otage, ou encore, par des prophètes du malheur et de la décroissance… pour les autres.

    Ne pas construire, est trop simple.

    Les urbanistes, par leur pluridisciplinarité, par leur humilité, par leur technicité dans l’écriture et l’application de règles adaptées, par leur compréhension fonctionnelle des territoires, sont ceux et celles qui doivent apporter les clés essentielles pour traduire les valeurs du  camp du oui  en politiques de construction, d’aménagement, d’urbanisme.

    Merci à Sud Ouest pour cet entretien et pour décrire au quotidien les effets multiples de la crise du logement.