L’urbanisme et l’aménagement du territoire à l’épreuve des raisonnements simples

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3 min de lecture  |  Publié le 21/04/2023 sur | Mis à jour le 09/05/23

Habiter à Marseille, Chalon-sur-Saône ou dans un village des Cévennes a peu d’effet sur le niveau de vie

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Béatrice Madeline | lemonde.fr

La question de savoir s’il existe des lieux où l’on vit mieux que d’autres ne peut laisser personne indifférent. Cet article de Béatrice Madeline revient sur les conclusions de deux notes établies par France Stratégie, un organisme rattaché à Matignon, à propos de ce sujet.

Lieu de vie et niveau de vie sont-ils liés ?

“L’organisme France Stratégie a calculé le « reste à dépenser », une fois payés logement, transport et alimentation, en fonction de l’endroit où ils vivent”, relate Le Monde.

La question qui se pose alors est la suivante : “À revenu égal, le citadin vit-il mieux que son cousin qui n’a pas quitté le village familial, ou moins bien que sa grand-tante qui a pris sa retraite dans une bourgade paisible du littoral ?”

Le Monde évoque deux façons de répondre à cette question :

  • de manière “intuitive” : “À première vue, l’endroit où chacun habite a une incidence sur son niveau de vie : non seulement parce que le coût du logement n’est pas le même d’une région à l’autre, d’une ville à l’autre ou d’un quartier à l’autre, mais aussi parce que le budget transports dépend grandement de l’endroit où l’on vit et l’on travaille.”
  • de manière “scientifique” : “Et les auteurs de ces travaux, Pierre-Yves Cusset, Alain Trannoy, Boris Le Hir et Pierre-Henri Bono, parviennent à une conclusion étonnante : “toutes choses égales par ailleurs, le lieu où l’on vit ne change rien à ce « reste à dépenser ». Autrement dit, la somme consacrée chaque mois au logement, aux transports ou à l’alimentation restera peu ou prou la même – à âge, composition de la famille et revenu égal – que l’on vive à Marseille, Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) ou dans un village des Cévennes.”»

Ainsi, les chercheurs de France Stratégie aboutissent à la conclusion suivante :

« Les différences qui existent d’un territoire à l’autre dans “le reste à dépenser” ne sont pas liées au territoire, mais s’expliquent par les différences de revenus ».

Prendre en compte l’accessibilité réelle des territoires

Or il n’aura échappé à personne que l’accès aux territoires est aujourd’hui très fortement conditionné aux niveaux de revenus des ménages, avec des contrastes de prix immobiliers entre territoires beaucoup plus marqués qu’il y a 20 ans.

Dans une telle situation, annuler la différence de revenus dans les raisonnements qui s’interrogent sur l’impact du territoire sur le mode et le niveau de vie des ménages revient à annuler… les différences de territoires, justement !

On ne peut aujourd’hui rien conclure sur les territoires et leur impact sur le confort de vie des français si on ne prend pas en compte, en donnée d’entrée, la question de l’accessibilité et de l’inaccessibilité réelles de ces territoires selon les revenus et la situation de vie des ménages.

Toujours dans cet article du Monde, il est écrit que : « À l’époque des “gilets jaunes”, on a pu penser que certains coûts de la vie quotidienne avaient été sous-estimés, souligne M. Cusset. Ces travaux montrent qu’en réalité la vie n’est pas plus chère quand on vit loin des zones d’emploi. Mais les ménages ont de vrais problèmes de ressources. C’est donc sans doute là-dessus, et non sur les coûts de la vie, qu’il faut jouer. »

Je pense au contraire que :

  1. les coûts de la vie sont trop importants dans les centres (pénurie de logements) comme en périphérie (mobilité contrainte et énergie chère).
  2. pour faire baisser ces coûts, l’action urbanistique consistant à réorganiser les lieux de vie afin d’offrir plus d’options réelles aux ménages, est fondamentale.

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