Quand la pénurie crée la saturation, l’écologie risque de devenir le prétexte de la fermeture

Perspectives
Publié le 02/06/26
Mis à jour le 02/06/26
3min de lecture
Quand la pénurie crée la saturation, l’écologie risque de devenir le prétexte de la fermeture
udc.ch

Quand la pénurie crée la saturation, l’écologie risque de devenir le prétexte de la fermeture.

Les critiques de la densité et de la densification vont bon train. Longtemps, elles furent un réflexe de riverain : pas de projet près de chez moi. Aujourd’hui, elles se parent d’un habit neuf,  écologique .

Et puis il y a la Suisse, qui a souvent un temps d’avance sur tout un tas de questions. De l’autre côté de la frontière, on est donc déjà passé à l’étape suivante : le 14 juin, les Suisses voteront OUI ou NON à l’ initiative pour la durabilité  (c’est son nom officiel) —  Pas de Suisse à 10 millions ! 

L’écologie n’y sert plus seulement d’alibi contre la densification. Elle sert directement de prétexte contre l’accroissement de la population. C’est-à-dire contre l’accueil.

Quand l’argument écologique glisse du refus de construire au refus d’accueillir, le costume tombe.

Les choses se clarifient.

C’est bien le NIMBY qui est à l’œuvre. Depuis le début. Il n’a pas changé. Il a juste trouvé un super-pouvoir : le détournement de l’argument écologique.

Car quoi que l’on pense du fond (la Suisse doit-elle accueillir ou non, le débat est légitime), l’écologie a peu à voir là-dedans : les habitants qui ne seront pas accueillis ne disparaîtront pas ! Ils consommeront autant si ce n’est plus de ressources ailleurs, dans un territoire moins bien équipé et desservi que l’arc lémanique.

Pour ce qui est des frontaliers, en tout cas, cela semble clair. Et une image nous vient : quelle différence y a-t-il entre :

  • les frontaliers qui, soir et matin, vont et viennent pour aller travailler dans un lieu qui ne veut pas les loger, et dormir un peu plus loin ;
  • et les habitants des couronnes périurbaines des métropoles françaises contraints d’aller se loger plus loin car les PLU verrouillent, eux aussi, les cœurs métropolitains ?

Nos cœurs de métropoles sont-ils en train de devenir de  petites Suisses  miniatures ? En développant le même type d’argumentation et de vote ?

La différence étant, tout de même, que ce sont cette fois des Français qui sont exclus d’une partie de la France dont ils sont pourtant des citoyens comme les autres ?

Quelle cécité nous empêche de voir ce phénomène incroyable : ceux qui sont déjà là à l’intérieur, qui occupent les places stratégiques des territoires, qui bénéficient des équipements et des services de toute l’aire urbaine, sont en position de voter, seuls, du fait de maintenir un droit d’entrée pour d’autres, ou de fermer la porte derrière eux.

Est-il étonnant que ceux qui occupent aujourd’hui les bonnes places usent d’arguments écologiques, en apparence, pour maintenir leurs positions ?

Sans doute pas plus en France qu’en Suisse.

Ce que l’on appelle, en France, le  rééquilibrage territorial  n’est-il pas, au fond, semblable à ce que les Suisses appellent  Pas de Suisse à 10 millions  ?

Les Bordelais n’ont-ils pas dit, à un moment donné, par leur vote,  pas de Métropole à 1 million ? 

Rejoignez la discussion