Un logement refusé ici… sera construit ailleurs.
Quand on le bloque en ville, il part juste plus loin.
Souvent à 20 ou 30 km
Il ne se passe pas une journée, en France, sans que certains s’imaginent, très sincèrement, que bloquer un projet ici (ou en réduire le nombre d’étages, de lots, ou de logements) serait une bonne chose pour la planète.
Moins c’est mieux
Économiser pour consommer plus : la face cachée de la sobriété
?
J’ai une théorie urbaine très simple à leur proposer.
Quand on refuse de construire un logement en densification, le logement ne disparaît pas.
Il devient simplement… de l’étalement.
Un peu comme les chaussettes dans la machine à laver : on ne sait pas exactement où elles vont, mais on sait qu’elles réapparaissent ailleurs.
Dans la vraie vie, ça donne ça.
Option A : la ville évolue doucement, partout
- Une maison en plus dans un jardin.
- Une surélévation.
- Un projet dans un quartier qui existe déjà.
Résultat :
- on reste proche des écoles, des commerces, des transports
- on limite les déplacements
- on préserve les terres naturelles
- la ville évolue progressivement
- on renforce la vitalité de la ville existante
- on lui apporte des enfants et des jardiniers en herbe qui vont pouvoir planter et entretenir : prendre soin de la nature en ville
Densification douce et biodiversité : pourquoi le « petit » jardin est un meilleur levier de transition ?
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C’est ce qu’on appelle la densification douce.
Pas spectaculaire.
Pas de grue géante.
Pas de ruban à couper avec trois élus et un buffet.
Juste la ville qui continue à pousser tranquillement.
Option B : on refuse ces petits projets
(avec des règles savamment écrites dans les PLU)
Mais les habitants seront contraints d’aller se loger quelque part…
C’est-à-dire souvent, dans un nouveau lotissement au bout de l’agglomération !
Résultat :
- deux voitures obligatoires
- de nouvelles routes et réseaux à créer
- des hectares artificialisés
- des linéaires de VRD et de collecte d’ordures ménagères qui s’allongent… des coûts de fonctionnement qui explosent
- et parfois un GPS nécessaire pour retrouver sa maison dans le lotissement.
Le paradoxe est assez extraordinaire.
On refuse la construction de maisons supplémentaires dans les jardins existants…
…mais on accepte sans problème que ces mêmes maisons soient construites dans un champ ou à la place d’un bout de forêt 30 km plus loin
Cleveland : 1’400 hectares rendus à la nature. Combien de perdus ailleurs ?
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Vous le voyez, le problème ?
C’est un peu comme refuser d’ajouter une chaise autour de la table… en proposant au dernier arrivé d’aller dîner chez le voisin (tout en lui suggérant, pendant qu’on y est, qu’il y mangera mieux puisqu’il y sera moins serré< !!)
La vraie question n’est donc pas :
Combien de logements voulons-nous construire
La pénurie de logements n’est pas un mythe
?
Mais :
Où voulons-nous les construire ?
Parce qu’un territoire est simplement la somme de milliers de choix comme celui-ci.
Et ces choix dessinent, petit à petit, la ville dans laquelle nous vivons réellement.
Au fond, la grande question n’est presque jamais construire, ou ne pas construire ?
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Mais, bien plus souvent : construire ici, ou construire là-bas ?