Pour transformer le potentiel écologique latent de nos jardins en système vivant fonctionnel, nous devons être plus nombreux à jardiner chacun à sa façon.
En ville, la nature ne demande pas plus de place. Elle demande plus de diversité.
À la lumière des enseignements des cimetières d’Île-de-France
Pourquoi la moitié des espèces de la flore spontanée d’Ile-de-France trouve refuge dans une infime fraction de son territoire ?
, de la flore des trottoirs et du paradoxe parisien, analysons nos jardins pavillonnaires.
Le chapitre 11 d’Écologie urbaine (Marco & Bertaudière-Montès) est clair : ces jardins ont un potentiel majeur pour les trames vertes urbaines
. L’APUR confirme en Île-de-France : 416 500 pavillons, 10 700 ha de jardins — 1/5 de la surface végétalisée de la métropole.
Un potentiel immense.
Mais un potentiel n’est pas une réalité. Pour vérifier s’il est réalisé, mobilisons des données scientifiques au-delà de l’ouvrage, qui n’explore pas directement cette piste.
Si la clé est l’hétérogénéité des milieux, voyons ce que les données de terrain des jardins pavillonnaires nous disent.
L’APUR (2023, puis 2026) le documente sans détour1 :
- des pelouses qui dominent massivement,
- seulement 2,2 arbres de petit développement par parcelle en moyenne,
- presque aucune stratification,
- un sol
peu vivant
, - des surfaces végétales
très pauvres écologiquement
.
Le chapitre 11 complète le tableau :
- haies monospécifiques,
- clôtures opaques,
- standardisation des plantations.
Même constat en Suède (Hanson et al., 2021)2 : plus le jardin est grand, plus la pelouse domine (86%). Car l’entretien pèse lourd.
Et les jardiniers suivent de moins en moins :
- 41 % des maisons individuelles sont sous-occupées — occupées à 79 % par une ou deux personnes de plus de 60 ans.
Alors quand le corps ne suit plus et qu’on ne peut souvent pas faire entretenir faute de budget, on remplace massifs et potagers par la pelouse — au mieux — ou des surfaces minérales/synthétiques, plus faciles à maintenir.
Du côté des générations suivantes3 :
- 35% voient l’entretien comme une contrainte (50% chez les -35 ans)
- 70% se contenteraient de 200 m² ou moins.
L’analyse de 335 parcelles à Montfermeil (2013-2023) montre la dynamique à l’œuvre : en dix ans, -50% de potagers, le minéral est passé de 11% à 16%, et la pelouse domine (70%). Six fois sur dix, c’est le propriétaire en place qui a réduit le couvert végétal… dans des secteurs où la commune interdit toute densification pour protéger ces mêmes jardins.

Protéger la surface sans accompagner les jardiniers, c’est sanctuariser l’appauvrissement.
Le potentiel est là, immense, à notre porte.
On le sait désormais : il ne se réalisera pas en figeant des hectares de pelouse à l’aide de coefficients d’interdiction de construire…
Nous devons,
- grâce à la parcellisation qui permet le travail de jardiniers plus nombreux et plus divers,
- passer des surfaces homogènes actuelles,
- à une vaste mosaïque de jardins hétérogènes, stratifiés, vivants, spécifiques.
Notes :
- Blancot, C., Bigorgne, J., & Lemoine, L. (2023). La ville pavillonnaire du Grand Paris – Enjeux et perspectives. Atelier Parisien d’Urbanisme (Apur) ; Labasse, A., et al. (2026). Vers un parc pavillonnaire du Grand Paris : Mise en valeur d’une mosaïque de jardins individuels. Atelier Parisien d’Urbanisme (Apur).
- Hanson, H. I., Eckberg, E., Widenberg, M., & Alkan Olsson, J. (2021). Gardens’ contribution to people and urban green space. Urban Forestry & Urban Greening, 63, 127198.
- Ifop pour la FFC. (2025). Le regard des Français sur la maison individuelle et l’accès à la propriété, vague 4. Fédération française des constructeurs de maisons individuelles (FFCMI). https://www.ffcmi.com/post/baromètre-ffc-ifop.











