Nous ne ferons pas la transition écologique avec un clergé

Décryptages
Publié le 30/03/26
Mis à jour le 30/03/26
3min de lecture
Nous ne ferons pas la transition écologique avec un clergé
@denancemichel + @paulrafterystudio | instagram.com

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, Paris, France. Architecte : Renzo Piano Building Workshop

Le risque, aujourd’hui, c’est en effet de voir l’écologie commettre l’erreur historique de l’architecture.

Dans  Les vipères ne tombent pas du ciel , Eric AESCHIMANN écrit :

 D’un côté, la bourgeoisie intellectuelle fait de l’écologie un marqueur de classe, un art de vivre, un signe de distinction (alors même que son mode de vie est loin d’être  écolo ). De l’autre, en miroir, les classes populaires, dont le bilan carbone est moins élevé, perçoivent ces injonctions à moins consommer comme un jugement moral, une privation de plaisir, voire une offense  symbolique  […] Réclamer un éco-geste à quelqu’un qui est pieds et poings liés par la précarité, c’est ajouter de l’humiliation à l’humiliation. 

Tout les ingrédients sont là qui nous rappellent la façon dont la discipline architecturale a construit son positionnement social au cours du 20e siècle : la distinction, le surplomb et l’injonction morale.

Et cette illusion selon laquelle une minorité plus consciente, plus cultivée (ou simplement plus favorisée) pourrait indiquer aux autres la bonne manière d’habiter le monde, jusque dans leur habitat propre, et leurs  comportements  les plus intimes.

Et le paradoxe, c’est que ce défaut d’étrangeté touche aujourd’hui jusqu’à l’architecture dite  organique .

De Frank Lloyd Wright et sa Fallingwater jusqu’à Renzo Piano et la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé à Paris, elle a cherché à donner au bâti l’apparence du vivant.

Mais plus une forme est dessinée pour imiter l’organique, plus elle est figée.

Courbes souples, peaux continues, volumes gonflés, formes biomorphiques : le rêve est toujours le même.

Plus l’architecture prétend évoquer le vivant, plus elle révèle l’emprise d’une volonté unique.

Une telle forme n’émerge pas d’une vie sociale, d’une culture commune. Elle ne s’adapte pas par essais successifs. Elle procède d’un dessin, d’une intention, de la synthèse d’un homme éclairé.

Elle est pensée d’un seul tenant, puis déposée. Parfois brillante, bouleversante, elle n’a rien de vivant. Elle est, au contraire, la victoire du contrôle total d’un esprit sur tous les autres.

Une ville organique fonctionne à l’inverse. Elle n’imite pas le vivant, mais applique ses lois : elle se transforme par ajustements, par reconfigurations successives, par une multitude d’initiatives distribuées.

Le vivant, dans une ville, est moins dans la courbe que dans la capacité généralisée de transformation.

Et c’est là, également, que l’écologie peut échouer :

  1. Si elle mise d’abord sur la  prise de conscience , sur l’injonction, sur la prescription venue d’en haut,
  2. Si elle explique comment bien vivre au lieu de redonner à chacun du pouvoir d’agir.


Nous ne produirons pas de villes soutenables en réservant à quelques uns le pouvoir de dessiner de grandes formes (qu’elles soient courbes, ou droites) pendant que, dans le même temps, les petits projets des habitants demeurent bloqués.

Rejoignez la discussion