Aujourd’hui : croire que plus on dessine, plus on projette, plus on définit l’état futur d’un territoire, mieux celui-ci se porte.
Ce diagramme est tiré d’un article publié dans la revue Fonciers en débat1 : Les outils de l’aménagement à l’épreuve d’un monde fini : faire projet dans le pavillonnaire, les zones d’activités et les entrées de ville
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Ce diagramme nous montre que nous appelons laisser-faire
tout ce qui se contente de respecter le PLU…
…alors qu’un PLU fait aujourd’hui couramment 1’000 pages.
Mille pages de zonages, de gabarits, de prescriptions, de servitudes édictées par la puissance publique et ses urbanistes. Et nous appelons cela du laisser-faire
? Tranquillement, sans sourciller, alors que les porteurs de projet ont le sentiment de vivre un véritable calvaire à essayer de rentrer dans les clous ? À respecter toutes les règles, les coefficients, les ratios… ? C’est-à-dire à essayer, littéralement, de pénétrer le cerveau de l’urbaniste… ?
Si nous appelons ça laisser faire
, c’est que notre boussole est déréglée.
Avouons-le : nous sommes des sortes de créationnistes… qui pensent devoir être les créateurs !
Le créationnisme, c’est cette idée qu’un système complexe et vivant a été conçu d’un seul tenant par une intelligence supérieure. C’est refuser de voir que la complexité émerge par évolution, par adaptation, par une infinité d’interactions résultant de marges de libertés, réelles, accordées aux acteurs.
Lorsque nous parlons de faire projet
, c’est en réalité de ce refus qu’il s’agit.
Le mot projet
est devenu notre vocabulaire, notre fierté, notre légitimité. Mais une ville n’est pas un projet. C’est un système vivant !
La différence ? L’imprévu.
Le touriste suit un programme, le flâneur compose avec ce qui vient. Le sujet n’est pas de savoir si une ville est maîtrisée ou non, ou si ce qui advient avait été planifié ou pas. Ni même de savoir qui a pris l’initiative : la puissance publique, un habitant, un acteur privé ?
Le sujet, c’est la qualité de ce qui est produit. Or les villes que nous aimons sont nées et ont grandi flâneuses. Quand nous nous obstinons à en faire des programmes de touristes.
Notre croyance dans le projet
repose sur 2 ignorances, et 1 biais :
- L’ignorance des systèmes complexes. Décider à l’avance, c’est affaiblir notre capacité d’adaptation.
- L’ignorance de la décision humaine réelle. Les acteurs ne suivent pas des plans. Ils saisissent des options, inventent des solutions. C’est cette créativité distribuée qui fait la richesse d’un lieu.
- Le biais du créateur : croire que ce qui fonctionne a été conçu.
En réalité, nous voulons faire projet
pour prendre une parcelle de contrôle que nous n’avons pas. Nous voulons définir l’état futur car nous refusons de définir clairement les règles du jeu, et de donner aux acteurs le pouvoir de faire.
Notes et références :
- Caron, A., & Le Néchet, F. (2026). Les outils de l’aménagement à l’épreuve d’un monde fini : faire projet dans le pavillonnaire, les zones d’activités et les entrées de ville. Fonciers en débat, mars 2026.