Non, la biodiversité n’est pas proportionnelle au revenu du quartier

Décryptages
Publié le 14/04/26
Mis à jour le 14/04/26
3min de lecture
Non, la biodiversité n’est pas proportionnelle au revenu du quartier
David Miet

Les bureaux du siège de Villes Vivantes. Bordeaux, France

Il y a plus de vingt ans, Hope et al. identifiaient à Phoenix le  luxury effect  : les quartiers aisés comptaient deux fois plus d’espèces végétales que les quartiers modestes.

De citation en citation, le résultat a été simplifié en une idée tenace : la biodiversité d’un quartier serait, en somme, un sous-produit de la richesse de ses habitants.

Un cas classique de  woozle effect  : une corrélation, répétée de citation en citation, finit par acquérir le statut de certitude.

Ce n’est pourtant pas ce que Hope et al. affirmaient. Les auteurs décrivaient une corrélation et reconnaissaient dès 2003 qu’il était impossible de savoir si les ménages aisés créent la diversité végétale — ou s’installent simplement dans des quartiers qui en disposent déjà1.

Au fil des années, plusieurs travaux ont pourtant profondément mis en question ce récit — jusqu’à un article de 2024 dans Ecosphere intitulé  Biodiversity is not a luxury  (Poulton Kamakura et al.)2.

Parmi les études empiriques, Philpott et al. (2023), dans 23 jardins communautaires en Californie, montrent que le revenu est associé à une moindre diversité d’espèces potagères mais une plus grande diversité d’espèces ornementales. Le  luxury effect  dépend aussi de ce qu’on choisit de mesurer.

Si ce n’est pas le revenu, qu’est-ce qui produit la diversité végétale d’un quartier — et avec elle, sa capacité d’accueil de biodiversité ?

Les travaux de Di Pietro (2024), Philpott (2020) et Clarke et Jenerette (2015) proposent une réponse : la diversité des profils de jardiniers produit la diversité végétale.

Cette diversité n’est pas réservée aux quartiers qui en ont les moyens. Les données de Di Pietro permettent de préciser pourquoi : dans les jardins familiaux de Tours et d’Orléans, ce n’est pas le revenu qui prédit la diversité cultivée, mais le répertoire culturel du jardinier — son origine géographique, ses motivations, son parcours3.

Le capital social peut aussi jouer un rôle déterminant. À Chicago, Taylor et Lovell (2014) le montrent de façon spectaculaire : le quartier le plus défavorisé — plus de 40% de ménages sous le seuil de pauvreté — présente la plus forte diversité végétale4. Le mécanisme : troc de plantes, dons de boutures, réseaux de voisinage.

Ce qui fabrique la biodiversité d’un quartier, ce n’est pas le pouvoir d’achat de ses habitants. C’est la diversité de leurs cultures jardinières — au sens propre comme au sens figuré : traditions culinaires, choix esthétiques, symboliques culturelles, imaginaires, savoirs transmis.

Si la biodiversité dépend de la diversité des jardiniers, alors un quartier qui s’ouvre à de nouveaux profils d’habitants ne peut qu’y gagner écologiquement.

En accueillant des ménages d’autres âges, d’autres revenus, d’autres cultures du jardin, la densification douce est un processus incrémental On ne peut pas comprendre ce qui rend une ville vivante sans comprendre ce que veut dire « incrémental » On ne peut pas comprendre ce qui rend une ville vivante sans comprendre ce que veut dire « incrémental » qui crée les conditions d’une mosaïque sociale et végétale favorable à la biodiversité que l’homogénéité d’opérations livrées produit très rarement.


Notes :

  1. Hope, D., Gries, C., Zhu, W., Fagan, W. F., Redman, C. L., Grimm, N. B., Nelson, A. L., Martin, C., & Kinzig, A. (2003). Socioeconomics Drive Urban Plant Diversity. Proceedings of the National Academy of Sciences, 100(15), 8788-8792.
  2. Poulton Kamakura, R., Katti, M., et al. (2024). Biodiversity Is Not a Luxury: Unpacking Wealth and Power to Accommodate the Complexity of Urban Biodiversity. Ecosphere, 15(11), e70049.
  3. Di Pietro, F., Gosset, S., & Coly, R. (2024). Des plantes et des jardiniers dans la ville. Socio-écologie des jardins familiaux. Développement durable et territoires, 15(1).
  4. Taylor, J. R., & Lovell, S. T. (2014). Urban Home Food Gardens in the Global North: Research Traditions and Future Directions. Agriculture and Human Values, 31(2), 285-305.