Derrière chaque plante au jardin, un réseau vivant à révéler

Décryptages
Publié le 14/04/26
Mis à jour le 14/04/26
3min de lecture
Derrière chaque plante au jardin, un réseau vivant à révéler
Kim Berry | flickr.com

Eristalis horticola, un des deux syrphe classé « en danger » par l'IUCN supportés par la Viorne aubier dans nos jardins.

Diversifier les parcelles — notamment en créant des jardins plus petits, compatibles avec un jardinage intensif — augmente l’hétérogénéité du tissu urbain.

Cette hétérogénéité attire des ménages d’âges, de revenus et de cultures différentes. Et la diversité des habitants produit la diversité des plantations : Di Pietro (2024) le montre à Tours, Taylor et Lovell (2014) à Chicago, Clarke et Jenerette (2015) à Los Angeles.

Chaque jardinier apporte — par sa culture, ses choix esthétiques, son savoir faire — un répertoire végétal et jardinier qui lui est propre. Cette mosaïque d’habitants génère une diversité d’aménagements et une diversité végétale qui crée à son tour une mosaïque d’habitats pour la biodiversité urbaine.

Chaque plante qu’un jardinier choisit de cultiver est un socle de biodiversité. Des insectes en dépendent pour se nourrir, se reproduire, accomplir leur cycle de vie — et avec eux, toute la chaîne trophique qui en découle. Encore faut-il savoir quelles plantes sont supports pour quels insectes.

En pratique, les outils manquent.

Un jardinier qui veut favoriser la biodiversité trouvera des listes de  plantes mellifères  — utiles, mais qui ne couvrent qu’une fraction des interactions.

Il peut aussi se tourner vers les plantes  locales  — un proxy raisonnable, puisqu’une plante indigène a co-évolué avec la faune locale.

Dans un cas comme dans l’autre, cela ne lui permettra pas de savoir combien d’espèces d’insectes chaque essence soutient, ni lesquelles, ni comment elles se complètent au sein d’un jardin. Et s’il exclut par principe les essences non locales, il renonce à des essences précieuses pour la biodiversité.

Un écologue peut fouiller les bases académiques — HOSTS, GloBI, DBIF — mais un fastidieux travail d’harmonisation est nécessaire pour croiser leurs formats et taxonomies hétérogènes. Ces données, déjà disponibles, sont pourtant parlantes1 :

  • Une boule de neige (Viburnum opulus) dans un jardin, c’est 61 espèces d’insectes supportées — dont deux syrphes classés  en danger  par l’IUCN.
  • Une glycine de Chine (Wisteria sinensis), 39 espèces d’insectes supportées — dont le bourdon inattendu (Bombus inexspectatus), lui aussi en danger et qui pourra trouver un appuis pour accomplir son cycle de vie dans 177 autres essences végétales (arbres, arbustes, grimpantes, vivaces) qui peuvent très bien trouver leur place au jardin2.

C’est le type de travail qui a permis à Tallamy et Shropshire (2009) de classer les genres végétaux nord-américains par nombre de lépidoptères associés — un outil de décision concret pour qui souhaite ajuster la palette de végétaux de son jardin en faveur de la biodiversité3. En Europe, aucun équivalent n’existe encore.

Disposer d’un outil fondé sur la science pour évaluer ce que nos choix de plantation produisent — ou pas — serait un premier pas pour aider chaque jardinier à comprendre que la plante qu’il choisit de cultiver ne pousse pas seule — elle active un réseau vivant.


Notes :

  1. La base HOSTS du Natural History Museum de Londres compile 180’000 enregistrements de plantes hôtes pour 22’000 espèces de lépidoptères dans le monde. Robinson, G. S., Ackery, P. R., Kitching, I. J., Beccaloni, G. W., & Hernández, L. M. HOSTS — A Database of the World’s Lepidopteran Hostplants. Londres : Natural History Museum.
  2. Les données sur le viorne obier et la glycine de Chine sont issues du croisement de neuf bases académiques open-access : EuPPollNet, GloBI, DoPI, DBIF, EuropeanHostData, HOSTS, Mangal, Web of Life et GBIF.
  3. L’étude qui a classé 1’385 genres végétaux nord-américains par nombre d’espèces de lépidoptères associées. Tallamy, D. W., & Shropshire, K. J. (2009). Ranking Lepidopteran Use of Native Versus Introduced Plants. Conservation Biology, 23(4), 941-947.