La France ne produit que la moitié des logements dont elle a besoin. Et beaucoup pensent que ce n’est pas grave.
Tout le monde peut le voir autour de lui : se loger là où l’on a besoin de vivre semble être devenu un exploit.
Mais la France semble avoir abandonné l’idée de construire vraiment les logements dont elle a besoin.
Sur le terrain, les esprits ne sont pas focalisés, toutes affaires cessantes, sur la production des logements manquants… mais plutôt sur une série d’idées qui nous conduisent naturellement à penser que ne répondre qu’à la moitié des besoins, finalement, ce n’est pas si grave.
Voici une liste non exhaustive de ces idées. Chacune suit un raisonnement qui est faux :
- La natalité est en forte baisse
On va manquer de logements… dans un pays où la population ne croît presque plus
, donc on a besoin de construire moins ; - Il n’y a plus de place (ZAN + rareté foncière en ville)
PLU de Bordeaux Métropole : le gel discret de 2’900 hectares constructibles au prétexte du ZAN va-t-il alimenter l’étalement urbain ?
, donc on n’a pas d’autre choix que de construire moins ; - Construire moins, c’est moins de ressources consommées, et moins de gaz à effet de serre émis
Pourquoi la dispersion territoriale sabote notre politique climatique
, donc c’est sobre
et c’est mieux ; - Pour faire baisser les prix, ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité, donc construire plus ne sert à rien ;
- Il nous faut mieux répartir les emplois et la population en France, donc il ne faut pas construire ici, mais ailleurs, c’est-à-dire au final, construire moins ici ;
- Il faut planter plus
Bâtir ou planter : le faux dilemme
, donc il faut construire moins ; - Il faut rénover plus vite le parc existant, donc il faut construire moins ;
- Il faut sauver les sols et la biodiversité
La densification pour sauver les sols
, donc il faut construire moins ; - Il faut rafraîchir les villes
Et si construire plus dense était la meilleure stratégie de rafraîchissement ?
, donc il faut construire moins.
Tout est faux.
Et tout contribue à consolider cette position, déjà dominante politiquement, qui souhaite qu’on ne construise pas ou que l’on construise moins, ici
.
Chacune de ces idées construit la victoire d’un nouveau Not In My Back Yard
1 généralisé, drapé de vert et donc très difficile à contester dans l’espace public.
Un NIMBY qui nous conduit dans une situation, hallucinante mais bien réelle, dans laquelle la France a littéralement abandonné l’idée de construire les quantités de logements qu’il nous faut.
Une France qui, à chaque modification de PLU, réduit discrètement les droits à densifier en parallèle de la mise en œuvre du ZAN.
Une France qui, toute honte bue, emploie des milliers d’agents pour trouver, quotidiennement, les raisons subtiles qui permettent de refuser des permis.
Nous allons devoir défaire chaque contre-vérité, une à une. En nous appuyant sur la science, qui publie abondamment. Et reconstruire un consensus solide pour redonner sa légitimité à l’acte de bâtir, à la densité, à la densification, ainsi qu’au modèle de la ville et du village compacts.
Et regagner le cœur des Français.
Ce travail commence maintenant :
- Nous avons su le faire pour le nucléaire.
- Nous sommes en train de le faire pour l’industrie.
- Nous saurons bientôt le faire pour la construction des logements dont nous avons besoin !
Notes :
Face à la crise du logement, il existe aujourd’hui un large consensus de façade : personne ne se déclare ouvertement opposé à la production de logements là où il en manque.
Tout le monde est pour.
L’objectif du mouvement YIMBY (Yes In My Back-Yard), et de la tribune que 18 auteurs ont publiée dans Les Échos le 18 décembre 2025 (elle est accessible ici), est de faire apparaître, derrière ce consensus apparent, un Camp du Non qui, précisément, ne s’assume pas.
Éric Charmes a publié une analyse critique pour contester plusieurs points de cette tribune, dans la revue en ligne Fonciers en débat (FED) : Yimby ! Une solution à la crise du logement ?
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Jacques Lévy, Jean Coldefy et moi-même avons souhaité exercer un droit de réponse afin de contester un certain nombre de points avancés par Éric Charmes dans cet article : Au-delà du malthusianisme urbain, YIMBY : pour une écologie de l’abondance et de l’accueil
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