Si la vie d’un tissu urbain ne tient ni à ses formes, ni à la présence du végétal, mais à sa capacité à se transformer dans le temps, alors la question centrale de l’urbanisme change radicalement.
Il ne s’agit plus de savoir comment dessiner un quartier, un plan guide, ou un concept. Mais de savoir quelles conditions doivent être réunies pour que le processus opère.
Nous pensons l’urbanisme comme un art de la forme. Un art du plan, du projet, de la composition. Nous cherchons à organiser l’espace de manière optimale, cohérente, maîtrisée, en produisant des configurations supposées répondre aux besoins présents, et anticiper les besoins futurs.
Mais une ville vivante n’est pas un projet. C’est un processus.
Elle se transforme, s’adapte, se reconfigure en permanence, sous l’effet d’une multitude de décisions et d’initiatives, souvent imprévisibles, toujours situées.
Si nous bloquons les possibilités de division, d’extension, de transformation, si nous rendons chaque évolution plus complexe, plus coûteuse, alors nous réduisons la capacité d’action des acteurs qui produisent, au quotidien, la ville réelle.
Nous remplaçons un système d’action distribué par un système centralisé.
Quelques projets, très visibles, complètement maîtrisés, signés par quelques grands noms, se substituent à des milliers de micro-projets anonymes, discrets, progressifs.
Or c’est cette accumulation de micro-transformations successives
La fine granularité : clé de l’antifragilité ?
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Produire une ville vivante ne consiste pas à dessiner des formes organiques
mais à coder les conditions de cette transformation distribuée, incrémentale
On ne peut pas comprendre ce qui rend une ville vivante sans comprendre ce que veut dire « incrémental »
, et récursive
On ne peut pas comprendre comment une ville se transforme si l’on ne comprend pas ce que veut dire « récursif »
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Trois conditions, au moins, en découlent :
- La 1ère consiste à rouvrir (coder) les droits à transformer. Diviser une parcelle, surélever un bâti, changer un usage, densifier un terrain ne devraient pas relever de l’exception, mais constituer une capacité ordinaire, encadrée mais accessible.
- La 2ème consiste à démultiplier (par le code) les acteurs possibles de la transformation. La fabrique urbaine ne peut pas reposer uniquement sur quelques grandes opérations, aussi exemplaires soient-elles. Elle doit pouvoir s’appuyer sur des milliers d’initiatives, portées par des habitants, des propriétaires, des entrepreneurs, des concepteurs, chacun intervenant à son échelle.
- La 3ème consiste à accepter (grâce au code) une part d’imprévisibilité. Une ville vivante produit des effets que l’on ne peut ni totalement anticiper, ni entièrement contrôler. Et chercher à tout prévoir revient, bien souvent, à tout figer.
Ne cherchons pas la forme juste… mais à coder la juste dynamique. Passons du projet à la capacité.
Quittons le dessin parfait pour embrasser, grâce au code, la diversité des porteurs de projet et des concepteurs.
Ne complexifions pas nos plans mais apprenons à coder : à organiser les conditions grâce auxquelles la ville peut se transformer par elle-même de façon cohérente, une parcelle à la fois.