2,9 milliards de dollars. C’est ce que les investisseurs ont injecté dans les fermes verticales en 2021. En 2024, il n’en restait que 329 millions — une chute de 91 %.
En 2025, 14 entreprises du secteur ont fait faillite, détruisant au total 1,37 milliard de dollars de capitaux investis1.
Que nous dit cet effondrement sur la capacité de la technologie à nourrir les villes ?
La promesse était séduisante : produire en ville, sans sol, sans pesticide. Des noms prestigieux y ont cru — SoftBank, Walmart, Jeff Bezos, Fidelity.
La réalité a été brutale.
AeroFarms, pionnier fondé en 2004, a déposé le bilan en 2023 après avoir levé 238 millions de dollars. Bowery Farming, valorisée jusqu’à 2,3 milliards de dollars, a cessé toutes ses activités en novembre 2024 — ses salades se vendaient 16 dollars la livre, contre 6 pour la marque distributeur.
Plenty, soutenue par SoftBank et Bezos pour près d’un milliard de dollars, a fait faillite en mars 2025 — sa valorisation était passée de 1,9 milliard à moins de 15 millions en trois ans.
En Europe, Infarm a cessé ses activités après avoir levé près de 475 millions de dollars. En France, Agricool a été cédée pour 50’000 euros — soit une destruction de 99,9 % des 35 millions investis.
Les causes ne sont pas conjoncturelles, elles sont structurelles.
Christine Aubry (AgroParisTech, projet TechnAU) estime le coût d’installation d’une serre en ville à dix à cinquante fois celui d’une serre en milieu rural2.
L’énergie représente jusqu’à la moitié des charges d’exploitation : éclairage artificiel, contrôle de la température, ventilation. Les investisseurs exigeaient un retour en trois à faim ans, là où les serres néerlandaises — qui ont servi de modèle — sont financées sur dix ans. La hausse des coûts de l’énergie à partir de 2022 a achevé de déséquilibrer des comptes déjà fragiles.
Le bilan écologique n’est pas meilleur. En 2024, Gabriel Dauchot (université Paris-Saclay) a mesuré qu’une ferme aéroponique en région parisienne émet 9,7 kg de CO2 par kilo de biomasse produite, soit quatre fois plus qu’une importation depuis Madagascar3.
Loin de la promesse de nourrir les quartiers. Haïssam Jijakli (Gembloux Agro-Bio Tech) résume : Les cultures indoor ne deviennent rentables que pour des plantes à très forte valeur ajoutée — médicinales ou cosmétiques, mais pas pour les salades.
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Ni le maraîchage marchand ni les fermes verticales n’ont réussi à nourrir les villes — parce que la logique marchande impose des contraintes que la production alimentaire urbaine ne peut pas absorber.
Mais il reste une piste : l’économie domestique. Un jardinier qui cultive pour lui-même n’a besoin ni de rentabilité, ni de marché, ni de technologie de pointe.
Il a besoin d’un jardin à sa mesure — et du savoir-faire pour le cultiver.
Notes :
- iGrow News. « Inside the 2025 Indoor Farming Bankruptcies: Capital Intensity Meets Reality », 24 décembre 2025.
- Morel-Chevillet, G., O. Stapel, et al. « TechnAU — Agricultures urbaines, de nouveaux défis techniques et sociaux à relever », Innovations Agronomiques 85 (2022) : 347-357.
- Dauchot, G., C. Aubry, et al. « Energy Consumption as the Main Challenge Faced by Indoor Farming », Cleaner and Circular Bioeconomy 9 (2024). Voir aussi Dorr et al. « Environmental Impacts and Resource Use of Urban Agriculture », Environmental Research Letters (2021).
- Jijakli, Haïssam. Entretien dans Deloison, Yves. « Agriculture « high-tech » : les néons vacillent », Revue Urbanisme, n° 447, 2025, p. 58-59.