On nous propose, aujourd’hui, d’arbitrer presqu’exclusivement, y compris sur des sujets qui sont techniques, selon cet axe unique : plus de régulation ou moins de régulation.
Comme si tout problème pouvait se résoudre par le déplacement de ce curseur.
Ah si seulement …
- plus de régulation signifiait mécaniquement plus d’intérêt général !
- moins de régulation signifiait mécaniquement plus de liberté et plus de création de valeur !
Ce serait confortable, n’est-ce pas ?
Pourtant, dès que l’on touche à des sujets complexes, cette lecture est vite inopérante.
Dans les systèmes vivants, la régulation est essentiellement une boucle de rétroaction qui corrige, amortit, stabilise, ralentit et parfois accélère.
La régulation n’est pas isolée, imposée d’en haut : elle émerge du fonctionnement même du système par essais, ajustements et apprentissage.
Comme toutes nos institutions, en somme.
Lorsque nous observons le vivant fonctionner, nous nous rappelons que tout organisme est dépendant d’un milieu, d’un écosystème, de flux, de ressources, de contraintes. Et pourtant, une autonomie réelle apparaît.
Ce n’est pas l’absence de contraintes qui crée l’autonomie d’un système mais une faculté d’intégration qui produit une capacité à se maintenir, à se transformer, à opter pour des trajectoires spécifiques.
L’autonomie, c’est la liberté réelle. Elle est peut-être l’antidote au faux débat néo-collectivisme VS néo-libéralisme auquel nous risquons de succomber si nous poursuivons sur la voie actuelle.
En urbanisme en particulier, cet antidote consiste à investir dans la compétence (connaissance, savoir-faire, apprentissage) de tous les acteurs de la ville.
Un algorithme est, en soi, une règle. Certains algorithmes produisent des merveilles, rendent des services, résolvent des problèmes. D’autres ne produisent rien.
De même, une recette de cuisine, c’est une règle. Certaines recettes sont basiques. D’autres, extraordinaires ; du moins lorsque l’exécutant a acquis l’expérience et la dextérité nécessaire pour la mettre en musique.
Une partition de musique : ce sont des règles. Mais pas n’importe lesquelles. Des règles qui sont le fruit, parfois, des toutes meilleures inspirations dont le génie humain est capable.
Le débat sur les règles doit quitter le champ politique général pour revenir dans les champs spécifiques de chaque industrie, de chaque art, de chaque domaine.
Il doit être réintégré dans le processus élargi de l’apprentissage.
Nous avons besoin, dans chaque domaine,
- de règles fortes,
- de peu de règles,
- de règles qui produisent de la valeur, de la qualité, du bien être, de la performance, de la robustesse, de l’harmonie.
Les règles d’un domaine sont ses algorithmes.
Nous ne devons pas les envisager sous un angle idéologique et générique, mais sous un angle pratique et spécifique. Les règles sont là pour nous servir. Pas l’inverse.