« Indigène » ne signifie plus « adapté »

Décryptages
Publié le 03/03/26
Mis à jour le 03/03/26
2min de lecture
 « Indigène » ne signifie plus  « adapté »

1 Heath Hurst Rd, Londres, Angleterre

     Indigène  ne signifie plus  adapté .

    C’est une conclusion qui nous interpelle quand on croise les données scientifiques et les observations de terrain.

    En Suisse, le bouleau verruqueux — essence locale emblématique — souffre déjà en dessous de 500 mètres en exposition sud.

    Ce constat, c’est celui de Stéphane Krebs dans Le Temps (février 2026)1. Maître paysagiste, formateur et co-développeur avec la Haute école HEPIA de Genève d’un système de monitoring de la vitalité des arbres, Krebs allie pratique du terrain et rigueur scientifique.

    Son observation rejoint le diagnostic posé par l’Urban Plant Lab à Londres 73% des arbres publics de Londres pourraient ne pas survivre au climat de 2090 73% des arbres publics de Londres pourraient ne pas survivre au climat de 2090 que nous évoquions dans l’article précédent  : les essences indigènes figurent parmi les plus vulnérables selon les projections climatiques à l’horizon des 50 prochaines années — soit le temps qu’il faut à un arbre planté aujourd’hui pour atteindre sa pleine maturité.

    Pourtant, les prescriptions institutionnelles n’ont pas encore pleinement intégré cette réalité.

    En 2026, l’étude de l’Apur sur le parc pavillonnaire du Grand Paris recommande encore de  privilégier les peupliers, les aulnes ou les bouleaux  dans les vallées franciliennes2.

    Le bouleau — celui que l’on voit souffrir en Suisse et qui est classé parmi les vulnérables à Londres. Ce n’est pas que la recommandation soit absurde : en fond de vallée humide, un bouleau peut encore tenir. Mais elle illustre le risque de raisonner avec le climat d’hier pour planter les arbres de demain.

    Krebs nous propose une autre grille de lecture.

    Ce qui compte vraiment, ce n’est pas d’où vient une plante — c’est sa capacité à durer là où on l’installe. L’idée d’une flore figée dans ses frontières géographiques est un raccourci qui ne résiste plus aux faits.

    Diversifier, ce n’est donc pas renoncer aux essences locales.
    C’est les compléter de manière réfléchie.

    L’hétérogénéité est la principale clé pour accueillir davantage de nature et de résilience. Diversifier les essences, les strates et les pratiques de gestion, c’est préparer nos villes et nos jardins au climat qui arrive.


    Notes :

    1. Müller-Pellegrini, J. (2026, février). Avec le changement climatique, des jardins sous pression. Le Temps. Lien vers l’article.
    2. Labasse, A., et al. (2026). Vers un parc pavillonnaire du Grand Paris : Mise en valeur d’une mosaïque de jardins individuels. Atelier Parisien d’Urbanisme (Apur).