L’idée d’un contrôle total de la fabrique de la ville est dangereuse

Décryptages
Publié le 16/01/26
Mis à jour le 16/01/26
3min de lecture
L’idée d’un contrôle total de la fabrique de la ville est dangereuse

    En France, et sans doute ailleurs, l’inquiétante tendance à la simplification des questions d’urbanisme a une conséquence très concrète : de plus en plus, nous croyons :

    1. que la ville et son développement peuvent être entièrement contrôlés,
    2. et que seuls les projets pilotés par les pouvoirs publics sont vertueux.

    Comme je l’ai montré dans  L’urbanisme organique comme méthode  (Organic Cities, 2024), nous assistons à un retour fulgurant du jugement moral, qui prend la place d’une pensée politique et technique plus élaborées.

    Sans nous en rendre compte, nous renouons donc avec l’urbanisme fonctionnaliste des années 1930.

    Une idéologie qui a radicalement simplifié notre manière de comprendre les villes. Et donc de les transformer.

    Pour les fonctionnalistes, la ville était une machine. Une machine simple.

    Espacer les bâtiments était  hygiénique , donc intrinsèquement bon.

    Séparer les fonctions était vertueux en soi.

    Mais une ville, un village Et si la clé de l’adaptabilité d’une ville était… le village ? Et si la clé de l’adaptabilité d’une ville était… le village ? , un territoire, est un organisme vivant : un artefact immense, à la fois social, naturel, artificiel et culturel. Une oeuvre produite chaque jour par des millions de décisions humaines et par les comportements adaptatifs de tous ses habitants.

    Une ville est un écosystème. Un ensemble d’écosystèmes. Elle appartient au monde vivant. Si l’on accepte ce principe, on ne peut pas considérer que tout ce qui n’est pas maîtrisé par la puissance publique est suspect, mal orienté ou nuisible.

    Vouloir supprimer tout ce que la puissance publique ne contrôle pas, c’est chercher à mutiler la ville vivante elle-même.

    C’est pourtant exactement ce qui se produit aujourd’hui, en particulier dans les territoires urbains sous forte pression : dans tous les camps politiques, j’entends des élus nous expliquer qu’ils veulent désormais bloquer tout projet qu’ils n’ont pas initié, planifié ou qu’ils ne  maîtrisent  pas totalement.

    Et en matière d’obsession de la maîtrise et du contrôle, les urbanistes qui les accompagnent ne sont pas en reste.

    Nous assistons ainsi à la résurgence de cette idée : la maîtrise foncière publique serait la condition nécessaire et suffisante au bon urbanisme.

    En dehors d’elle, point de salut.

    En réalité, les millions d’initiatives portées chaque année par les habitants et les acteurs des territoires, accompagnés par des professionnels compétents, produisent autant de transformations utiles, intelligentes, adaptées à leur contexte, et souvent indispensables.

    Même lorsqu’elles n’étaient pas  dans le plan .

    L’urbanisme organique cherche précisément à réconcilier :

    1. le rôle fort des pouvoirs publics (sur les infrastructures, les espaces publics, les équipements et la nature) ;
    2. avec le rôle tout aussi fort des habitants, des acteurs locaux et des professionnels qui les accompagnent.

    C’est cette vision, dénuée de défiance, que nous travaillons à rendre opérationnelle chez Villes Vivantes. En France et au-delà.

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