Paris, ville la plus dense d’Europe : menace ou preuve que la ville peut accueillir le vivant ?

Décryptages
Publié le 19/02/26
Mis à jour le 19/02/26
3min de lecture
Paris, ville la plus dense d’Europe : menace ou preuve que la ville peut accueillir le vivant ?
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Poursuivons la lecture d’Écologie urbaine (Machon et al.)1.

Le chapitre 2 ( Biodiversité et densification urbaine  par Luc Abbadie) nous offre un paradoxe saisissant. Paris y apparaît tour à tour comme illustration des limites de la densité et preuve du potentiel écologique des villes denses avec ses 637 espèces végétales sauvages et sa  très grande hétérogénéité structurale .

Comment les deux coexistent ? C’est en lisant les sources mobilisées par l’ouvrage qu’on trouve un éclairage décisif.

1/ La méta-analyse de Beninde et al.2, référence majeure, identifie la surface des patches d’habitat et les corridors comme les facteurs les plus forts sur la biodiversité intra-urbaine. Le seuil de surface dépend de ce qu’on cherche à protéger : 4,4 ha suffiraient pour les espèces communes urbaines, 53 ha pour les espèces sensibles à l’aire. Mais c’est ici que Paris devient intéressante.

Ces seuils mesurent la surface de patches individuels. Hors bois de Boulogne et de Vincennes, les espaces verts publics ne couvrent que 7% de Paris (2,6 m²/hab, 4× moins que la norme OMS). Aucun n’atteint 53 ha, seule une poignée dépasse 4,4 ha. L’immense majorité — squares, jardins et courettes privés — est bien en dessous. Et pourtant Paris abrite faucons pèlerins, lézards des murailles, renards et grenouilles3, car ces petits espaces fonctionnent en réseau.

2/ Le chapitre 30 cite Mimet et al.4, qui ont étudié ce phénomène à Paris intramuros Le rôle inattendu des micro-jardins privés de Paris pour la préservation d’une espèce protégée Le rôle inattendu des micro-jardins privés de Paris pour la préservation d’une espèce protégée . Les jardins privés parisiens ne représentent que 36% des espaces verts, ils sont petits et dispensés dans le tissu bâti — mais ils contribuent à 48% des zones où la pipistrelle commune (une chauve-souris protégée) peut se nourrir et se déplacer. Et surtout, ils réduisent de 57% la difficulté pour cette espèce de traverser la ville d’un espace vert à l’autre — autrement dit, ces micros jardins transforment une ville minérale en territoire praticable.

Que le réseau fasse l’habitat, pas la surface d’un seul tenant ne tombe pas sous le sens. Les hypothèses de départ de Mimet et al. étaient que les grands espaces publics feraient l’essentiel de l’habitat, et que les jardins privés ne serviraient que de relais de connectivité. Les résultats ont contredit les deux : les petits jardins privés contribuent massivement à l’habitat lui-même Jardins en ville et biodiversité : tout n’est pas qu’une question de taille Jardins en ville et biodiversité : tout n’est pas qu’une question de taille . Plus surprenant : quand un quartier mélange immeubles haussmanniens et bâti bas, les différences de hauteur créent des turbulences et des couloirs d’air qui concentrent les insectes — et les chauves-souris en profitent. Le tissu bâti, que l’on exclut d’instinct en pensant à l’habitat d’une espèce sauvage, fait partie de son réseau fonctionnel.

Dans le prochain article nous nous pencherons sur ce qui détermine la qualité de chaque espace aussi petit soit-il. La réponse est dans Beninde et al. et dans Mimet et al. et elle ouvre des perspectives très concrètes.


Notes :

  1. Machon, N., Di Pietro, F., Bertaudière-Montès, V., Carassou, L., & Muller, S. (Dir.). (2025). Écologie urbaine : Connaissances, enjeux et défis de la biodiversité en ville. Éditions Quae.
  2. Beninde, J., Veith, M., & Hochkirch, A. (2015). Biodiversity in cities needs space: A meta-analysis of factors determining intra-urban biodiversity variation. Ecology Letters, 18(6), 581–592. https://doi.org/10.1111/ele.12427
  3. Jacob, Philippe, et Jeanne Fouquoire, coord. 2020. Atlas de la nature de Paris : 100 espèces et 10 balades. Réd. Antoine Besse. Paris : Ville de Paris.
  4. Mimet, A., Kerbiriou, C., Simon, L., Julien, J.-F., & Raymond, R. (2020). Contribution of private gardens to habitat availability, connectivity and conservation of the common pipistrelle in Paris. Landscape and Urban Planning, 193, 103671. https://hal.science/hal-03102973/document