Cela fait quelques posts que je vous parle de notre rapport à la liberté et aux règles, à l’autonomie et à la régulation.
La thèse que je défends est simple : les règles endogènes, les règles de métier, les règles de l’art, les règles qu’une profession se donne en propre, nous rendent plus autonomes, plus libres en puissance d’agir.
Pourquoi ? Parce que ces règles, ces modèles, ces patterns constituent le lien entre nos actions présentes et le fruit de nos apprentissages passés.
Mais si nous renonçons à nous auto-administrer nos propres règles, en cédant par exemple aux sirènes du mythe de l’individu génie créateur… alors nous devons nous préparer à subir un flot de règles externes : bureaucratiques, sectorielles, souvent incohérentes, établies par d’autres qui n’ont pas accès aux connaissances du métier.
Pour marquer les esprits, je vous ai parlé, dans mon dernier article, des recettes de cuisine et du Kamasutra
Les règles de l’art, ou quand la règle rend libre
: deux répertoires de savoirs condensés en règles-options.
Faisons un pas de côté.
Imaginez un instant que l’État, et sa haute administration, se mettent à écrire ces répertoires à la place des praticiens. À définir les bonnes recettes.
Les bonnes positions !
Le problème n’apparaîtrait pas parce qu’il y aurait, tout à coup, des règles. Elles existent déjà. Il apparaîtrait parce que ces règles ne seraient plus issues de la pratique, du métier.
C’est ici que l’on voit que, dans les champs techniques et professionnels, le dilemme plus ou moins de règles
, ou libéralisme ou collectivisme
, est mal posé.
L’enjeu n’est pas d’opposer la liberté de l’individu à la toute-puissance de l’État.
Le véritable enjeu réside dans le rôle régulateur et libérateur des corps intermédiaires.
Un métier constitue une bulle spécifique entre l’individu et l’État : une bulle de connaissance, de responsabilité, et de liberté, fondée sur le respect des règles de l’art.
Historiquement, la France a choisi de se méfier des corps intermédiaires. Les Lumières, puis la Révolution, ont voulu libérer l’individu en abolissant les corporations de métier. Ces dernières étaient pourtant des lieux de savoir, de représentation et de régulation.
Ce choix a modifié notre rapport aux règles, qui ont progressivement cessé d’être produites par les métiers pour être produites par d’autres, l’administration en particulier.
C’est ce que nous pouvons lire dans la forme de nos villes et villages.
L’urbanisme pré-moderne, incrémental, produit des formes qui donnent le sentiment d’avoir été engendrées
.
Elles ne sont pas spontanées
: elles sont le produit de concepteurs libres opérant selon des règles.
Les règles rendent plus libres que le dessin du concepteur unique.
C’est l’application récurrente de règles qui engendre ces propriétés émergentes
Pourquoi certaines villes donnent le sentiment d’avoir été « engendrées » plutôt que dessinées ?
que l’œil reconnaît immédiatement.
Est-ce que vous voyez vous aussi, sur cette image, le résultat de la règle d’implantation des bâtiments en pignon sur rue ?













