Bologne, ville la plus meurtrière d’Europe en canicule ?

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Publié le 29/05/26
Mis à jour le 29/05/26
4min de lecture
Bologne, ville la plus meurtrière d’Europe en canicule ?
Thomas Hanss
  • 1/ Les données réelles de mortalité en période de canicule disent l’inverse : Bologne est la ville italienne où l’on meurt le moins.
  • 2/ Le modèle de Masselot ne voit ni l’ombre, ni le bâtiment, ni l’infrastructure sociale qui protègent.
  • 3/ La chaleur perçue du satellite n’est pas celle qui tue.

C’est ce qu’affirme ce graphique de The Economist — construit à partir du dataset de Masselot et al.12 (2023, Lancet Planetary Health) — qui circule à nouveau avec l’arrivée des canicules — très précoces cette année.

Sur 854 villes européennes, Bologne affiche +81,5 % d’augmentation du risque de mortalité les jours de chaleur extrême (1 % des journées les plus chaudes). Au sommet du classement. Devant Milan (+74 %). Devant Paris (+56 %). Devant Rome (+55 %).

Les données de mortalité historiques sont réelles. L’étude est sérieuse. Mais trois éléments factuels nous invitent à questionner en profondeur ce classement.

L’infographie parue dans The Economist pour visualiser le niveau de risque à l’échelle du panel de villes européennes : Bologne arrives en tête.

1/ Les données réelles de mortalité en période de canicule disent l’inverse : Bologne est la ville italienne où l’on meurt le moins.

Été 2003, les 4 villes du réseau national de surveillance sanitaire italien étudiées par Michelozzi et al.3 (2006, JECH) :

  • Turin : +33 %
  • Milan : +23 %
  • Rome : +19 %
  • Bologne : +14 %

Le modèle la classe première. La réalité la classe dernière.

Et la suite est encore plus frappante. Dès 2004, après mise en place du système d’alerte sanitaire (HHWWS), Bologne est la seule des quatre villes où l’effet de la température sur la mortalité disparaît totalement — statistiquement non significatif, quelle que soit la plage de température. À Milan, l’effet persiste au-delà de 36 °C. À Turin, dès 30 °C. À Rome, à 34 °C. À Bologne : rien.

2/ Le modèle de Masselot ne voit ni l’ombre, ni le bâtiment, ni l’infrastructure sociale qui protègent.

Le modèle utilise 22 variables de vulnérabilité (densité, imperméabilisation, végétation, pollution de l’air…) à une résolution de ~9 km, moyennée sur l’ensemble de la ville. Les auteurs eux-mêmes le reconnaissent :  we could not explore intra-city differences in exposure and vulnerability. 

Pas un mot sur l’ombre. Pas un mot sur la morphologie des rues. Pas un mot sur le bâtiment. Pas un mot sur les plans de prévention.

Or Nardino et al.4 (2021, IJERPH), dans l’étude réalisée pour le Plan d’Urbanisme de Bologne, croisent 4 variables microclimatiques sur 5 zones de 1 km² à 5 m de résolution. Trois d’entre elles codent le centre historique en rouge maximum (température de surface, absence de végétation, densité bâtie). Mais le ratio H/W — qui  prend en compte l’ombre dans les canyons étroits bordés de bâtiments élevés  — inverse complètement la carte. Ce n’est pas le centre historique qui chauffe le plus. Ce sont les collines et la périphérie ouverte.

Le satellite voit des toits brûlants. Le piéton marche a l’ombre des rues étroites protégées par le bâti.

Bologne l’a compris. La ville construit aujourd’hui un Shadow Coverage Index grâce au projet européen TALEA5 (EUI-IA 2024) : cartographie de l’ombre au sol, toutes les 15 minutes, par ray-tracing physique sur modèle 3D haute résolution. L’exact opposé d’une lecture satellite à 9 km.

3/ La chaleur perçue du satellite n’est pas celle qui tue.

L’enquête cas-témoins de Vandentorren et al.6 (2006, Eur J Public Health) sur les décès de la canicule 2003 en France est sans ambiguïté. Les facteurs de mortalité chez les personnes âgées à domicile :

  • Chambre sous le toit : risque × 5
  • Absence d’isolation thermique : × 5
  • Confinement au lit : × 7,5
  • Absence de vie sociale : × 6

À l’inverse, les comportements adaptatifs — s’habiller légèrement, se rafraîchir, ouvrir la nuit — divisaient le risque par 3 à 5.

Ce ne sont pas des rues trop denses ou trop minérales qui tuent. Ce sont des toitures qui surchauffent, des logements qui ne refroidissent pas la nuit, et des personnes trop isolées pour adapter leur comportement. Aucun de ces facteurs n’existe dans les 22 variables de Masselot.

Les vagues de chaleur tuent. C’est un fait. Mais quand le diagnostic confond la chaleur vue du ciel avec la chaleur subie la nuit en intérieur, les réponses risquent de détruire ce qui protège déjà les habitants.

On ne combat pas la mortalité liée aux périodes de canicule en s’opposant à la ville dense et compacte qui protège ses habitants.


Notes :

  1. Masselot, Pierre, Malcolm Mistry, Jacopo Vanoli, et al.  Excess Mortality Attributed to Heat and Cold: A Health Impact Assessment Study in 854 Cities in Europe.  The Lancet Planetary Health 7, no. 4 (2023): e271∞e281. https://doi.org/10.1016/S2542-5196(23)00023-2
  2. Masselot, Pierre, et Antonio Gasparrini.  Temperature-Related Mortality Exposure-Response Functions for 854 Cities in Europe.  Zenodo, 2023. https://doi.org/10.5281/zenodo.10288665
  3. Michelozzi, Paola, Manuela De Sario, Gabriele Accetta, et al.  Temperature and Summer Mortality: Geographical and Temporal Variations in Four Italian Cities.  Journal of Epidemiology and Community Health 60, no. 5 (2006): 417∞423. https://doi.org/10.1136/jech.2005.040857
  4. Nardino, Marianna, Letizia Cremonini, Teodoro Georgiadis, Emanuele Mandanici, et Gabriele Bitelli.  Microclimate Classification of Bologna (Italy) as a Support Tool for Urban Services and Regeneration.  International Journal of Environmental Research and Public Health 18, no. 9 (2021): 4898. https://doi.org/10.3390/ijerph18094898
  5. TALEA Platform.  Shadow Coverage Index (SCI).  GitHub, 2025. https://github.com/TALEA-platform/sci
  6. Vandentorren, Stéphanie, Philippe Bretin, Abdelkrim Zeghnoun, et al.  August 2003 Heat Wave in France: Risk Factors for Death of Elderly People Living at Home.  European Journal of Public Health 16, no. 6 (2006): 583∞591. https://doi.org/10.1093/eurpub/ckl063
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