Où habitez-vous ?
En 2023, nous avons publié une étude Villes Vivantes x OFCE à partir de travaux de modélisation des mobilités du quotidien des habitants du SCoT La Rochelle Aunis.
Elle est consultable ici.
Objectif : comprendre, très concrètement, comment la forme urbaine influence à la fois les émissions de CO2… et les dépenses de transport.
Pour cela, nous avons modélisé les déplacements de 231 000 habitants à une échelle extrêmement fine : le carreau de 200m x 200m.
Le résultat est sans appel.
À organisation territoriale inchangée, pour aller travailler, faire ses courses, emmener ses enfants à l’école, se récréer :
- Un habitant du centre de La Rochelle émet 0,9 teqCO2/an ;
- Un habitant d’Yves : 2,3 teqCO2/an ;
- Un habitant de Genouillé : 3,7 teqCO2/an.
Soit un facteur de 1 à plus de 4 pour un même territoire.
Ces émissions sont principalement la conséquence des kilomètres parcourus en voiture :
- 3 900 km/an en moyenne pour les rochelais ;
- 10 500 km/an en seconde couronne ;
- 16 900 km/an dans les secteurs les plus éloignés, au-delà du périmètre de l’agglomération.
Quand le prix du carburant augmente, ces écarts deviennent immédiatement visibles.
Avec une hausse de +0,50 €/L à la pompe, c’est, par habitant :
- +10 €/mois au centre ;
- +27 €/mois en périphérie ;
- +43 €/mois dans les territoires les plus dépendants de la voiture.
Ces montants sont calculés par habitant. Pour une famille, l’impact peut donc dépasser plusieurs centaines d’euros par mois selon les situations.
Ce que montre cette étude est fondamental. On parle très souvent (à raison) d’isolation et de performance énergétique des bâtiments eux-mêmes.
Mais on passe sous silence le facteur le plus décisif : l’adresse.
Les habitants des zones les plus denses, les mieux équipées et les plus mixtes émettent moins et dépensent beaucoup moins pour se déplacer.
Autrement dit : le cœur d’agglomération est un refuge contre le type de risque qui se présente aujourd’hui à la pompe.
Les coeurs urbains sont :
- Non seulement des refuges économiques en cas de difficulté professionnelle (pouvoir retrouver un 2e voire un 3e emploi si vous perdez le vôtre) ;
- Mais aussi des refuges contre l’instabilité potentielle du prix de l’énergie.
Et dans un contexte géopolitique où le prix de l’énergie redevient instable, ce n’est plus un sujet théorique.
Mais un sujet de pouvoir d’achat immédiat. Et de sécurité.
La question n’est donc pas seulement : combien doit on construire de logements ? Et comment les construire moins énergivores ?
C’est aussi, fondamentalement : où les construire ?
Intensification stratégique
Qui peut se permettre une dépense supplémentaire de 350€ par mois ?
Cette publication Villes Vivantes x OFCE sur les mobilités du quotidien des habitants du SCOT La Rochelle Aunis permet de simuler l’effet d’une hausse du prix du carburant.
Je vous propose de refaire l’exercice avec des hypothèses un peu musclées.
Non pas pour annoncer la catastrophe avant qu’elle arrive, mais pour tester la robustesse de notre modèle d’aménagement territorial.
Et surtout de celui que nous sommes en train de promouvoir dans nos documents de planification (comme le SRADDET) qui, très clairement, travaillent à freiner le regroupement spatial des activités, des emplois et des habitants dans des coeurs urbains bien équipés, denses… et non dépendants de la voiture.
Prenons une hypothèse plus difficile : +1 €/L à la pompe
Et regardons l’impact pour une famille de 4 personnes (toujours avec une voiture thermique consommant 6L/100 km, et sans réduction immédiate des mobilités).

Le résultat est sans ambiguïté.
Nous touchons très rapidement aux limites de ce qu’un ménage peut absorber.
Alors,
- Les habitants concernés baisseront leurs mobilités autant qu’ils le peuvent : mais il faudra toujours aller faire des cours, emmener les enfants à l’école, et aller travailler ;
- L’Etat viendra peut-être en aide avec des chèques énergie… distribués à tout le monde, quelle que soit votre adresse ?
Pour moi la conclusion d’un stress test
comme celui-ci est asymétrique :
1/ Il s’agit de simulations, réalisées par un modèle, reposant sur des hypothèses.
2/ Les chiffres qui ressortent sont des moyennes et ne reflètent pas la diversité des situations individuelles (types d’emploi, télétravail possible ou non, ménages dont un des membre travaille à La Rochelle et l’autre à Niort, etc.).
3/ Concrètement, cela veut dire que nous devons faire notre possible pour que les ménages, comme les entreprises, puissent arbitrer individuellement, selon leur propres contraintes, parmi une diversité d’options d’implantations possibles.
Nous ne devrions pas FORCER les ménages et les entreprises à se regrouper dans les coeurs urbains bien équipés et praticables en modes doux : ce sont sans doute des choix inadaptés pour certains.
Mais nous ne devrions pas, à l’inverse, EMPECHER les familles, et plus largement les ménages et les entreprises qui le souhaitent, de s’implanter aisément dans les lieux dans lesquels on peut se passer de sa voiture.
Premièrement parce que c’est une bonne façon de limiter nos émissions de CO2.
Deuxièmement, parce que quand nous repoussons des ménages à l’extérieur, nous les empêchons de réduire leur risque énergétique
La première couronne de Bordeaux peut-elle redevenir accessible aux familles de la classe moyenne ?
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C’est tout l’enjeu d’une réflexion vers une intensification stratégique
Intensification stratégique
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