Imaginez-vous marcher dans un cimetière… et tomber nez à nez avec des orchidées sauvages qui n’ont été ni plantées ni semées.
C’est exactement ce qui se passe en Île-de-France.
731 espèces végétales spontanées ont été recensées dans 817 cimetières franciliens1.
731 espèces, soit près de la moitié de toute la flore spontanée
Transformer un petit jardin urbain de 200m² en havre de biodiversité : l’histoire d’une reconquête écologique
connue en Île-de-France au XXIème siècle.
Dans des espaces qui, mis bout à bout, ne représentent qu’une infime fraction du territoire.
Parmi elles :
- 69 espèces patrimoniales, dont 7 protégées et 39 menacées,
- 13 orchidées sauvages telles que l’ophrys bourdon (Ophrys fuciflora)2,
- 2 véroniques — Veronica triphyllos et V. acinifolia — qui ne sont plus connues dans toute l’Île-de-France que dans un seul lieu : le cimetière d’Ivry-sur-Seine.
Comment un lieu aussi contraint, aussi entretenu, peut-il abriter un tel trésor de biodiversité ?
La réponse tient en un mot : l’hétérogénéité3.
Les cimetières offrent une mosaïque de micro-habitats que peu d’espaces verts classiques peuvent égaler : murs qui créent des zones d’ombre ou de chaleur, surfaces tantôt enherbées tantôt minérales, pelouses sèches calcicoles ici, pelouses sableuses acides là-bas…
Et surtout : des pratiques d’entretien qui varient d’une concession à l’autre. Sans le vouloir, les familles et les agents créent une diversité de régimes de gestion qui crée autant de milieux que les plantes spontanées colonisent.
Ce constat dépasse largement les cimetières.
Plus de la moitié des espèces patrimoniales identifiées sont liées à des pelouses sèches calcicoles ou acidiphiles — des habitats qui se développent spontanément sur des sols pauvres, peu profonds et faiblement entretenus. Des conditions que l’on retrouve potentiellement dans bien d’autres espaces urbains : talus, pieds de murs, friches, mais aussi pelouses de parcs ou de jardins dès lors qu’on réduit la tonte et qu’on cesse de fertiliser.
Une belle leçon d’espoir : même dans nos villes les plus denses et dans les espaces de prime abord les moins hospitaliers, la nature sait se réinventer… si nos modes de gestion lui laissent un peu d’espace pour respirer.
Notes :
- Vallet, J. (2024). La biodiversité floristique des cimetières franciliens. Rapport. Paris : Conservatoire botanique national du Bassin parisien – Muséum national d’Histoire naturelle. https://cbnbp.mnhn.fr/cbnbp/ressources/biodiversite_cimetiere_IF.jsp
- Tela Botanica,
Oenothera biennis L. – synthèse
, eFlore – Référentiel des trachéophytes de France métropolitaine (BDTFX v.10.00), consulté le 25 février 2026, https://www.tela-botanica.org/bdtfx-nn-45223-synthese - La méta-analyse de Stein, Gerstner & Kreft (2014, Ecology Letters, 192 études) identifie l’hétérogénéité environnementale comme un
facteur universel de la richesse spécifique
— à travers les taxons, les biomes et les échelles spatiales. Stein, A., Gerstner, K., & Kreft, H. (2014). Environmental Heterogeneity as a Universal Driver of Species Richness across Taxa, Biomes and Spatial Scales. Ecology Letters, 17(7), 866‑880. https://doi.org/10.1111/ele.12277








