Dans Écologie urbaine1 (Bertaudière-Montès, Robles & Machon, chap. 9), plus de dix ans de données du programme citoyen Sauvages de ma rue
— 100’000 observations, 2’400 taxons, 470 communes — prolongent les leçons des cimetières d’Île-de-France
Pourquoi la moitié des espèces de la flore spontanée d’Ile-de-France trouve refuge dans une infime fraction de son territoire ?
: la biodiversité urbaine dépend de la variété des milieux, même les plus hostiles.
Les rues sont un enfer pour les plantes :
- bitume à 60°C l’été (contre 40°C pour un gazon),
- sel de déverglaçage qui s’accumule dans le sol des chaussées et bloque l’absorption d’eau par les racines,
- sol compact, pollué aux hydrocarbures, métaux lourds et résidus de pneus,
- piétinement constant, …
Pourtant, des espèces résistent et colonisent les environnements hostiles de nos voiries. Le pissenlit2 (Taraxacum officinale) en est un emblème.
- Sa racine pivotante s’enfonce jusqu’à 50 cm sous les voiries et peut fendre une micro-fissure dans l’asphalte pour se faire une place.
- Son plumet (pappus) voyage sur des kilomètres, porté par le vent entre les immeubles.
- Un seul individu peut produire des graines viables sans fécondation (reproduction apomictique).
- Et si on le coupe ou le piétine ? Il se régénère depuis un simple fragment de racine.
Le pissenlit est un pionnier coriace qui s’adapte aux conditions les plus extrêmes de nos villes3.
Le chapitre 9 d’Écologie urbaine nous apprend que lorsque la voirie ne propose que des fissures dans l’asphalte ou les trottoirs, la flore reste restreinte et homogène — une uniformisation biotique constatée dans de nombreuses villes tempérées.
C’est le même mécanisme que celui révélé par le chapitre 8 sur les cimetières : dès que l’espace urbain est homogène en nature et en régime de gestion, il est pauvre en biodiversité. Inversement, dès qu’il offre une variété de micro-habitats, une riche biodiversité fonctionnelle
Transformer un petit jardin urbain de 200m² en havre de biodiversité : l’histoire d’une reconquête écologique
la colonise.
La conclusion de ces deux chapitres tient en une phrase : en ville, la nature ne demande pas plus de place. Elle demande plus de diversité.
Notes :
- Nathalie Machon et al., coord., Écologie urbaine : Connaissances, enjeux et défis de la biodiversité en ville, Synthèses (Versailles : Éditions Quae, 2025), https://doi.org/10.35690/978-2-7592-4132-3
- Abraham, T., Abraham, T., & Thomas, S. (2025). Dandelion (Taraxacum officinale) has successfully adapted to grow in suburban environments. Discovery Plants, 2, 59. https://doi.org/10.1007/s44372-025-00139-x
- Woudstra, Y., Kraaiveld, R., Jorritsma, A., Vijverberg, K., Ivanovic, S., Erkens, R., Huber, H., Gravendeel, B., & Verhoeven, K. J. F. (2024). Some like it hot: adaptation to the urban heat island in common dandelion. Evolution Letters, 8(6), 881–892. https://doi.org/10.1093/evlett/qrae040













