Dans l’article précédent
Comment nous avons cassé la boucle d’apprentissage qui fait vivre nos villes
, j’ai défendu cette thèse : si nos quartiers neufs échouent encore et encore, c’est parce que nous avons cassé la boucle d’apprentissage qui fait progresser nos villes.
Je vous ai proposé, pour l’expliquer, la liste de nos 7 péchés capitaux
, les 7 mécanismes cognitifs qui nous empêchent de tester et donc d’apprendre :
- Se contenter de se conformer à une norme
Lorsqu’une norme est construite sans apprentissage, elle ne corrige pas l’erreur : elle la rend obligatoire
(≠ tester) - Simuler sans mesurer
Simuler sans mesurer rend l’apprentissage impossible
(≠ tester) - Croire réinventer
Réinventer est une paresse
(≠ tester) - Chercher à standardiser
Standardiser ce qu’on n’a jamais appris à améliorer ?
(≠tester) - Faire le bien
Pourquoi les politiques apparemment les plus vertueuses sont souvent les moins efficaces
(≠tester) - Echapper aux conséquences de ses erreurs
2026 : (ré)apprendre à apprendre
(≠ tester) - Miser sur le bon sens collectif ou le génie individuel
Quand le « bon sens » et le « héros » remplacent l’apprentissage : le cas du logement
(≠ tester)
Commençons par le 3ème, croire qu’il faut sans cesse réinventer.
Audace, créativité, innovation… ?
Ou paresse ?
Il se trouve que réinventer dispense :
- d’apprendre de ce qui fonctionne déjà,
- d’affronter ses échecs,
- de comparer et de mesurer.
- pour être répétés, améliorés, corrigés,
- mais pour être uniques.
A quoi bon évaluer ce que l’on vient de faire quand on s’apprête à faire du nouveau ?
Nous cherchons à penser pour nous dispenser de tester.
Mais une ville est un objet trop complexe pour que l’on puisse penser à tout.
Aucune étude, aucune simulation, aucun diagnostic ne peut anticiper spontanément l’ensemble des actions et rétroactions climatiques, sociales, économiques et matérielles qui façonnent un lieu.
Face à ces niveaux de complexité, la sagesse populaire avait bien identifié que penser
, par définition, ne suffit pas. Et qu’il est nécessaire, humblement et avec persévérence, d’apprendre pas à pas à produire nos villes.
La conception, la réflexion, l’analyse, l’imagination, la discussion et même la concertation… ne peuvent pas nous dispenser d’apprendre.
Nos équipes pluridisciplinaires, si complètes soient-elles, ne peuvent pas nous extraire du paradigme de la pensée.
Pour apprendre il faut tester : c’est-à-dire s’engager à répéter, et non réinventer.
Nos échecs urbains sont des échecs d’apprentissage.
Le fait de prototypes qui ne sont pas conçus :
L’injonction à réinventer est une paresse parce que penser, même à plusieurs, et toujours plus gratifiant et infiniment moins douloureux qu’apprendre de ses erreurs et de ses échecs.
Tester → mesurer → ajuster → corriger → stabiliser → transmettre…
est toujours plus difficile, laborieux et moins gratifiant (à court terme) que
Penser → imaginer → simuler → dessiner → discuter → concerter !
Réinventer est orgueilleux, certes.
On dirait un privilège, un luxe.
On s’est payé quelque chose de nouveau, d’inédit.
Mais en réalité, c’est surtout paresseux.
C’est l’invention de seconde classe, l’invention qui ne prétend pas en être une.
Une action qui ne veut être jugée ni par rapport à ses semblables, ni en tant qu’innovation réelle.
Une action faussement modeste, donc, qui ne veut rendre de comptes à personne.












