Densification d’une part, désertification de l’autre : la nature peut-elle tirer parti du retrait de l’homme ?

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Publié le 29/01/26
Mis à jour le 29/01/26
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Densification d’une part, désertification de l’autre : la nature peut-elle tirer parti du retrait de l’homme ?
Thomas Hanss

Conférence de Thomas Hanss au colloque Organic Cities II : French West Coast (Rennes, sept. 2025)

    Je poursuis sur ce phénomène de ruée démographique vers la Côte Ouest en faisant un pas de côté. J’ai relu la conférence de Thomas HANSS à Organic Cities II (Rennes, sept. 2025) qui aborde de front 2 sujets très polémiques, et pourtant liés par un même mécanisme spatial.

    D’un côté, le loup fait peur.

    De l’autre, le désert humain aussi.

    Thomas Hanss propose un cadre de lecture utile car il est descriptif, et non moral : quand la présence humaine diminue, certains processus écologiques reprennent place.

    La 1ère carte qu’il nous propose est parlante : à l’échelle des carreaux de 1km x 1km, une part importante du territoire est inhabitée. Personne n’y réside. Cela ne signifie pas qu’il est  vide , mais plutôt que la  pression humaine  y est faible. Et donc que davantage de continuités sont possibles pour le sauvage.

    Le loup constitue un excellent indicateur, en raison de l’immensité de son domaine vital. En écologie du paysage, les ordres de grandeur du domaine vital d’une espèce dépendent principalement de sa masse corporelle moyenne et de son régime alimentaire. Un grand carnivore a besoin d’espaces vastes, relativement continus, et faiblement perturbés pour boucler son cycle de vie.

    Ce qui rend une recolonisation possible n’est donc pas seulement la présence de l’espèce. C’est le couplage de plusieurs variables :

    • recul local de l’occupation humaine et de certains usages,
    • progression des boisements,
    • abondance de gibiers, notamment les grands herbivores sauvages (chevreuils, cerfs, sangliers), et manière dont la chasse régule ou non ces populations,
    • reliefs et corridors écologiques,
    • et, en négatif, maintien de pression humaine élevée dans des aires urbaines contenues.

    Thomas Hanss fait un détour historique éclairant par les Cévennes : dans les années 1950-1960, un dépeuplement rapide, concomitant au développement de la côte languedocienne, a été perçu comme une fenêtre d’opportunité pour protéger et régénérer des milieux, en s’appuyant sur une renaturalisation spontanée (retour de biodiversité, progression des surfaces boisées).

    La seconde carte qu’il nous propose (aire de présence du loup) montre bien qu’à l’échelle nationale, les migrations internes et le regroupement spatial créent, dans les secteurs quittés, des conditions plus favorables à certaines dynamiques naturelles, dont le retour du loup.

    Ce n’est ni bien ni mal en soi.

    C’est un fait de système.

    Un fait qui oblige à organiser la coexistence : prévention, protection des troupeaux, indemnisation, mais aussi une lecture spatiale lucide des zones de pastoralisme, des zones de renaturation, et des compromis acceptables.

    La question n’est peut-être pas  pour ou contre le loup  mais comment, dans un pays qui se regroupe, on gouverne un territoire qui se ré-ensauvage.

     Densifier  ici peut, sous conditions,  épargner  là-bas.