Faut-il protéger la nature en ville au point de sacrifier celle autour ?

Décryptages
Publié le 23/02/26
Mis à jour le 23/02/26
3min de lecture
Faut-il protéger la nature en ville au point de sacrifier celle autour ?
@elbaidak | unsplash.com

    Imaginez l’enfant que vous étiez.

    Vous courez dans le champ derrière chez vos grands-parents. L’herbe vous chatouille les jambes, un papillon se pose sur votre doigt. Vous vous sentiez vivant. Vraiment vivant.

    Aujourd’hui, ce champ a disparu, remplacé par une rocade et un lotissement vieillissant. Bitume, pelouses rases, arbres chétifs. Le silence est assourdissant.

    Vous avez vécu ça ? Moi oui. Et je sais que ce souvenir alimente profondément le combat de nombreux écologues et défenseurs de la biodiversité.

    Parce que la vraie nature — sols jamais artificialisés, prairies et milieux intacts — abrite des espèces menacées qui ne trouveront jamais leur place en ville. La protéger, c’est sacré.

    Pourtant, le livre Écologie urbaine (Machon et al., Quæ 2025)1 révèle une autre vérité, qui sans nier la première nous invite à changer de perspective.

    Trois leçons simples :

    Ces données montrent qu’une ville peut être à la fois dense et vivante : faire de la place aux hommes tout en accueillant une nature riche.

    Alors pourquoi refuse-t-on encore si souvent de densifier, à l’heure où nos villes doivent faire de la place pour tous ceux qui n’arrivent plus à s’y loger ?

    La crise du logement est sévère et la souffrance humaine bien réelle.

    Le chapitre 28 de Marc Barra liste des conditions légitimes au regard de la densification (pleine terre, diagnostics, continuités) mais qui, accumulées sans hiérarchie, rendent la densification presque impossible.

     Densifier à tout prix : un risque pour la nature urbaine  nous dit-il.

    Je comprends cette peur. Vous avez raison de défendre la nature ordinaire.

    Mais un autre risque reste trop peu évoqué : le coût pour la nature hors de la ville.

    Car nous n’avons que deux choix : densifier dans la ville existante, ou s’étaler et bétonner des champs et espaces naturels irremplaçables.

    Densifier n’est pas sacrifier la nature en ville La mise sous cloche du tissu pavillonnaire n’est pas soutenable La mise sous cloche du tissu pavillonnaire n’est pas soutenable . C’est peut-être le seul moyen de protéger les deux.

    Faut-il protéger la nature dans nos villes au point de sacrifier celle autour ?

    Le chapitre termine sur Cleveland et ses 1’400 ha  rendus à la nature . Dans le prochain post, on regardera l’autre face : où sont partis les 80’000 habitants ? Cette réalité change tout.

    Et si la vraie question était : comment densifier intelligemment pour gagner sur les deux tableaux ?

    Et vous, avez-vous vu un champ disparaître près de chez vous ? Comment concilier protection de la nature ordinaire en ville, nature irremplaçable autour, et crise du logement ?


    Notes :

    1. Machon, N., Di Pietro, F., Bertaudière-Montès, V., Carassou, L., & Muller, S. (Dir.). (2025). Écologie urbaine : Connaissances, enjeux et défis de la biodiversité en ville. Éditions Quae.