En réalité, nous n’avons pas peur de la densité.
Nous l’aimons (parfois à la folie) lorsqu’elle est douce et vivante.
Regardons cette rue de Hanoï.
Parcelles fines.
Immeubles serrés.
6 étages.
Une densité forte.
Et pourtant, nous sommes nombreux à trouver cette rue agréable, presque joyeuse.
Pourquoi ?
Parce que le problème, en fait, ce n’est presque jamais la densité.
Le problème réel, profond — celui qui explique pourquoi il est si difficile de densifier et pourquoi le NIMBY est une force si puissante et, en même temps, légitime — c’est la manière dont la densité prend forme.
Sur cette image, ce qui frappe, c’est que la hauteur des bâtiments est perçue de façon positive : elle apporte une note sympathique !
Ce qui nous charme, ensuite, ce sont :
- les façades toutes différentes,
- les balcons qui débordent,
- les plantes qui grimpent et qui descendent,
- les variations,
- les détails.
Toute une accumulation de signaux qui nous renvoient l’idée de la vie
.
Comme l’explique Amandine Hernandez, dans sa conférence donnée à Organic Cities 21, en septembre dernier, la beauté d’une ville dépend avant tout de la manière dont les bâtiments s’assemblent et dont les habitants se les approprient.
Pendant des siècles, les villes européennes ont été produites exactement comme le tissu urbain de Hanoï que nous voyons sur cette photo.
Elles sont le produit d’un code partagé :
- alignement sur rue,
- bâtiments élancés,
- diversité morphologiques issue de la diversité réelle, et non factice, des maîtres d’ouvrage et des maîtres d’œuvre.
À l’intérieur de ce cadre, et à partir de ce code : une infinité de combinaisons et de variations.
Chaque parcelle est différente de ses voisines.
Chaque immeuble est autonome, singulier.
Chaque étage s’exprime différemment des autres.
C’est aussi cela, le principe esthétique, à la fois libre et codé, du Paris haussmannien.
Une densité forte… rendue élégante par le rythme des façades, des balcons, des ornements.
La densité parisienne et celle de Hanoï constituent, toutes deux à leur façon, de véritables décors urbains : elles dessinent, à plusieurs mains, un espace dans lequel le regard du marcheur peut se prélasser, indéfiniment.
Mais aujourd’hui, nous avons remplacé ce code, et l’abondance des combinaisons qu’il offre, par quelques chose de plus simple, et peut-être de moins fécond : la standardisation et l’esthétique pingre de la répétition à l’identique.
Un seul concepteur.
Des modules répétés, sans variation.
Une esthétique austère : celle du systématisme.
La volupté a disparu.
Ce qui nous pose problème, c’est cela : la densité sans beauté, sans volupté, sans décor, sans générosité, sans liberté.
C’est-à-dire densité sans appropriation.
La grande leçon de cette rue vietnamienne — comme de nos centres historiques — est peut-être celle-ci : l’acceptabilité de la densité, et de la densification, est moins une question de coefficient qu’un art de l’assemblage, de la diversité et du plaisir.
Notes :
- Amandine Hernandez,
La densification douce et ses micro-folies
, Conférence Organic Cities 2, Paris, septembre 2025.