Faut-il figer le tissu urbain au nom du vivant ?

Perspectives
Publié le 07/04/26
Mis à jour le 07/04/26
3min de lecture
Faut-il figer le tissu urbain au nom du vivant ?
Journal Le Monde - Planète Biodiversité - Par Perrine Mouterde

Le jardin d’Annick Gauthier et de son compagnon, à Mailly (Saône-et-Loire), en mai 2023, publié le 04 avril 2026.

 Cities are not like suburbs, only denser. They differ from towns and suburbs in basic ways, and one of these is that cities are, by definition, full of strangers. 

 Les villes ne sont pas des quartiers pavillonnaires, qui seraient simplement plus denses. Elles s’en distinguent de manière fondamentale, de plusieurs façons. L’une de ces différences essentielle tient à ceci : une ville est, par définition, pleine d’étrangers  nous dit Jane Jacobs (1961). 

Thomas HANSS nous dit dans son post LinkedIN du 07/04/2026 que cette propriété fondamentale de la ville, la diversité sociale, est en fait aussi un levier pour renforcer la biodiversité en milieu urbain :

 Les femmes cultivent davantage de plantes aromatiques et de fleurs. 

 Les cadres et professions intermédiaires plantent plus de variétés au total — et plus d’arbustes à petits fruits — que les ouvriers et employés. 

 Les jardiniers d’origine rurale cultivent moins de variétés de fruits que ceux qui ont grandi entre ville et campagne… 

 Dans un quartier résidentiel, cette hétérogénéité n’est pas donnée par la nature. Elle est produite, parcelle après parcelle, par la diversité des gens qui jardinent. 

Et c’est là qu’on voit la contradiction fondamentale avec la position défendue dans cet article du Monde de ce WE :

  • Craindre la densification douce, qui va pourtant apporter de la diversité, de l’hétérogénéité, non seulement spatiale et morphologique (de toutes petites parcelles à côté des grandes) mais également sociale,
  • Et, au nom de cette crainte, figer l’évolution du tissu urbain, et donc l’accueil, et donc la diversification sociale des premières couronnes de nos villes.


L’intérêt pour la présence de la nature en ville grandit. L’intérêt pour le pavillonnaire, également. Et c’est tant mieux.

Faisons en sorte que cet intérêt ne nous conduisent pas à figer, par des raisonnements trop simples, toute évolution !

Soyons méthodiques :

  1. Il existe une véritable demande sociale grandissante pour  voir du vert en ouvrant sa fenêtre .
  2. Mais, comme pour le sujet de l’agriculture urbaine, nous devrions faire attention à ne pas confondre, ni à opposer, en urbanisme comme en écologie, le sujet structurel du sujet local :
    • (a) voir du vert sous sa fenêtre est un sujet local ;
    • (b) protéger la biodiversité en France est un sujet structurel.
  3. L’un peut aller avec l’autre, bien sûr. Mais nous ne devons pas nous illusionner sur (a), en croyant qu’il permet (b).
  4. Ce qui permet (b), c’est de stopper l’étalement urbain, qui est la vraie menace sur la biodiversité française. C’est-à-dire : densifier.
  5. Il se trouve que densifier, c’est aussi diversifier : il existe une voie pour que diversification sociale et biodiversité aillent de pair ; comme la densification du bâti et l’intensification végétale.

Il nous faut vraiment développer une pensée écologique et urbanistique plus systémique, articulée, moins primaire.

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