Rénover pour accueillir : trois étapes pour transformer une façade en refuge

Décryptages
Publié le 23/04/26
Mis à jour le 23/04/26
4min de lecture
Rénover pour accueillir : trois étapes pour transformer une façade en refuge
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  • Du diagnostic au nichoir : trois étapes pour concilier isolation thermique et biodiversité
  • L’intégration de nichoirs à martinets noirs en façade

À Olsztyn, après isolation thermique sans diagnostic, le martinet noir a disparu. À Greifswald, après isolation thermique avec nichoirs intégrés dans les façades, le nombre de couples nicheurs a augmenté. Même intervention, résultat inverse. La différence tient en trois étapes.

Du diagnostic au nichoir : trois étapes pour concilier isolation thermique et biodiversité

1. Regarder d’abord.

  • Deleva et al. (2025)1 ont inspecté 61 immeubles en Bulgarie avant rénovation. La pipistrelle commune était présente sur 100 % des sites. Sans diagnostic — observation directe, caméras thermiques, détecteurs ultrasons — aucun de ces gîtes n’aurait été identifié.
  • À Rennes, la méthode vidéo de Sandoz et de Margerie (2026)2 a triplé le nombre de nids de martinets détectés par rapport à l’inspection visuelle classique.

On ne peut pas compenser ce qu’on n’a pas vu.

2. Adapter le calendrier.

  • Schaub et al. (2016)3 le montrent à Greifswald sur 477 nichoirs intégrés dans l’ITE : quand les travaux ont lieu hors de la période de reproduction, les martinets noirs retrouvent leurs nichoirs au printemps. Quand les travaux ont lieu pendant la période d’occupation des gîtes, ils entraînent un abandon souvent définitif du site.

3. Intégrer dès la conception le maintien des gîtes dans la façade.

C’est ce qu’ont fait les maîtres d’ouvrage de Greifswald, où Schaub et al. ont suivi 10 bâtiments avant et après rénovation : sur 8 d’entre eux, le nombre de couples nicheurs était égal ou supérieur à celui d’avant les travaux. 

Les facteurs de succès identifiés : espacer les nichoirs de quelques mètres, les placer près du bord du toit, au-dessus de 11 m. Un détail supplémentaire : creuser une empreinte reproduisant la forme du nid au fond du nichoir multiplie par 4,6 la probabilité d’occupation par le martinet4.

En France, les retours de terrain confirment ces résultats. 

  • À Orly, 10 nichoirs triples pour martinets et 12 nichoirs doubles pour moineaux ont été intégrés dans l’ITE de la résidence Anotera. Un dispositif de repasse sonore — diffusion de cris de martinets au nid — accélère la colonisation en signalant le site aux oiseaux en prospection. Dès la deuxième saison, les martinets occupent les gîtes recréés dans l’isolation.
  • À Saint-Étienne — qui abrite la plus grande colonie connue de martinets à ventre blanc en France, environ 1 150 couples — le diagnostic d’un quartier d’habitat collectif en centre-ville a identifié 166 nids de cette espèce sur les bâtiments à rénover. 150 nichoirs compensatoires ont été intégrés dans les façades pour les deux espèces de martinets présentes : c’est la première opération de compensation à cette échelle en Europe pour le martinet à ventre blanc. Le suivi est en cours.

Les savoir-faire pour rénover sans perdre le vivant existent déjà. Du diagnostic au phasage jusqu’aux solutions d’intégration des gîtes dans l’isolation, chaque étape est documentée, chiffrée, reproductible. La plupart des bâtiments abritent une faune que personne n’a encore regardée. Leur rénovation peut être une opportunité pour la révéler.

L’intégration de nichoirs à martinets noirs en façade

En illustration, l’intégration de nichoirs à martinets noirs en façade — par exemple de la rénovation d’un bâtiment — c’est transformer une intervention de maintenance ou de rénovation en opportunité pour la biodiversité. À Féchy (Suisse)5, 42 nichoirs posés progressivement sur une villa ont permis d’accueillir plus de 30 couples nicheurs, l’installation de cavités artificielles sur les façades — même à des hauteurs modestes de 3 à 6 mètres — peut compenser efficacement la disparition des sites de nidification naturels causée par les travaux de rénovation6.


Notes et références :

  1. Deleva, S., Kolev, N., Ivanov, A., Marinova, P., Petkov, N., & Natchev, N. (2025). Biodiversity surveys before residential building renovations in Bulgaria. Ecologies. (Analyse des gîtes de chauves-souris avant travaux).
  2. Sandoz, N., & de Margerie, E. (2026). Enhanced detection of Common Swift nests in buildings using a video fusion method. Ecological Solutions and Evidence.
  3. Schaub, T., Meffert, P. J., & Kerth, G. (2016). Nest-boxes for Common Swifts Apus apus as Compensatory Measures. Bird Conservation International, 26(2), 164–176.
  4. Newell, D. (2019). A Test of the Use of Artificial Nest Forms in Common Swift Apus apus Nest Boxes. Conservation Evidence, 16, 24–26.
  5. La colonie dite « du Jordil » à Féchy (Suisse). Située en périphérie de Féchy, cette colonie fait l’objet d’un suivi documenté sur l’accueil des martinets en milieu rural et viticole.
  6. COR et État de Genève. (2016). Martinets noirs et bâtiments : fiche conseil. Programme Nature en ville, Canton de Genève.