La ville qui protège du climat ne demande qu’à être construite

Patterns
Publié le 12/05/26
Mis à jour le 12/05/26
3min de lecture
La ville qui protège du climat ne demande qu’à être construite
Thomas Hanss

Dans moins de 75 ans, la température moyenne annuelle de la moitié sud de la France dépassera 18 °C — celle de l’Andalousie aujourd’hui. Paris pourrait atteindre 15 °C — Montpellier aujourd’hui. Ce sont les projections de la TRACC — trajectoire de référence — inscrite au Code de l’environnement1.

Cours andalouses, rues étroites, maisons de ville japonaises ventilées par un réseau de micro-jardins… ni détours exotiques ni solutions dépassées, ces organisations bâties denses et compactes protègent du rayonnement et organisent la circulation de l’air sans apport d’énergie. Ce sont des réponses éprouvées face au climat qui vient.

La densité et la compacité produisent des propriétés microclimatiques déjà vitales Densité et compacité urbaines : le grand malentendu climatique Densité et compacité urbaines : le grand malentendu climatique — et qui le seront plus encore demain. Mais nos indicateurs ne les voient pas.

L’îlot de chaleur urbain concentre son attention sur la différence de température de l’air entre ville et campagne et pénalise systématiquement la densité. Mais quand on intègre le rayonnement, le vent, l’humidité — ce que le corps ressent — c’est la densité compacte qui protège, grâce à l’ombre qu’elle génère le jour.

Pourtant, la densification que le ZAN définit comme l’horizon de l’aménagement urbain des prochaines décennies ne fait pas consensus. Son rejet tient en partie à l’erreur d’interprétation documentée par cette série : on attribue à la densité un effet de surchauffe qui est un artefact de mesure, sans reconnaître la protection qu’offrent les formes compactes — et qui correspond au vécu des citadins.

Le paradoxe va plus loin. Notre réglementation thermique ne s’intéresse pas au confort extérieur — l’espace autour des bâtiments est un angle mort. Elle ignore l’ombre des bâtiments voisins : le moteur de calcul voit l’ombre sur la fenêtre, mais continue d’injecter un air surchauffé comme si la rue était en plein soleil. Le malus d’îlot de chaleur est d’autant plus fort que le tissu est dense, sans créditer l’ombre que cette densité produit. Double peine.

Et au-delà du confort humain, une dimension reste ignorée : l’ombre des bâtiments protège le végétal d’un excès de rayonnement et de chaleur qui menace sa physiologie. La ville dense génère des microclimats sans équivalent naturel, mais pas sans valeur pour la nature : des écosystèmes inédits s’y constituent Planter en ville : ce que la science nous oblige à repenser Planter en ville : ce que la science nous oblige à repenser , que l’écologie appelle  novel ecosystems .

L’enjeu n’est pas de reproduire en ville la nature ou la  fraîcheur  de la campagne — c’est d’y concevoir les conditions d’accueil des citadins et du vivant.

Les villes confrontées depuis des siècles aux fortes chaleurs ont inventé des formes qui le permettent. Nous avons les outils scientifiques pour comprendre pourquoi elles fonctionnent. Il nous reste à les mobiliser — dans la doctrine, dans la réglementation, dans le projet.

Bien conçue, la ville dense est le levier d’adaptation le plus puissant et le moins coûteux dont nous disposons face au climat qui vient. À nous de nous en saisir.


Notes :

  1. Les projections climatiques pour la France à l’horizon 2100. Soubeyroux, Jean-Michel, Brigitte Dubuisson, Sébastien Bernus, Raphaëlle Samacoïts, Fabienne Rousset, Michel Schneider, Agathe Drouin, Thumette Madec, Marc Tardy et Lola Corre.  À quel climat s’adapter en France selon la TRACC ? — Partie 1.  Météo-France, 2024.