Des centaines d’espèces colonisent nos murs et certaines ne survivent nulle part ailleurs

Décryptages
Publié le 14/04/26
Mis à jour le 16/04/26
3min de lecture
Des centaines d’espèces colonisent nos murs et certaines ne survivent nulle part ailleurs
@julia_hallefoto | flickr.com

Cymbalaria muralis

  • Les données empiriques
  • La ruine de Rome (Cymbalaria muralis) : une synurbaine associée aux murs de nos villes

On compte les espèces dans les parcs, les forêts, les zones humides. Personne ne compte celles qui vivent sur les murs. Quelques chercheurs l’ont fait — voici ce qu’ils ont trouvé.

Les données empiriques

Dès 1660, des naturalistes recensent les plantes qui poussent sur les murs de Cambridge. Pendant plus de trois siècles, ces observations restent des curiosités botaniques : on liste les espèces, sans se demander pourquoi elles sont là. Ce n’est qu’avec l’essor de l’écologie urbaine, au début des années 2000, que les murs deviennent un objet d’étude écologique à part entière.

En 2025, la première revue systématique (Urban Ecosystems) recense enfin l’ensemble des travaux sur le sujets. Voici ce qu’ils nous apprennent1 :

1/ Quelle richesse spécifique ?

  • 226 espèces sur les murs urbains de Durham,
  • 263 sur les murailles de fortification byzantines de Thessalonique,
  • 207 sur les murs de pierre de Bohême orientale (urbain et rural),
  • 133 sur les murets agricoles centenaires du Connemara.

Constat contre-intuitif : les murs urbains hébergent plus d’espèces que les murs ruraux2. La diversité végétale des villes fournit une banque de graines plus variée qu’un paysage agricole homogène.

2/ Comment les plantes colonisent-elles nos murs ?

Lichens, mousses et algues peuvent coloniser presque n’importe quel matériau. Les plantes vasculaires, elles, ont besoin d’anfractuosités qui piégent des sédiments pour germer. La colonisation suit une succession classique : bactéries, puis lichens et mousses, puis — si le support le permet — plantes vasculaires. Chaque étape prépare la suivante en accumulant la matière organique.

3/ Tous les murs se valent-ils ?

Non. Certaines communautés végétales sont liées à des matériaux spécifiques : les fougères du genre Asplenium se trouvent préférentiellement sur les mortiers riches en chaux. Le substrat sélectionne ses espèces, comme un sol sélectionne les siennes.

4/ Y a-t-il des plantes qui dépendent des murs ?

Au Royaume-Uni, Gilbert (1992) estime qu’environ 20 espèces végétales sont devenues véritablement synurbaines : elles dépendent des murs pour maintenir leurs populations. Sans murs, ces espèces disparaissent.

Les plus connues :

  • La cymbalaire des murs (Cymbalaria muralis), originaire de Méditerranée, aurait été introduite à Londres en 1640 avec des dalles de marbre italien et s’est depuis naturalisée sur les murs de toute l’Europe.
  • La pariétaire (Parietaria judaica) — dont le nom latin vient de paries,  mur ,
  • La rue-de-muraille (Asplenium ruta-muraria), petite fougère calcicole, qu’on trouve presque exclusivement dans les joints de mortier à la chaux.

Les murs de nos constructions sont d’une étonnante richesse.

Et toutes les parties d’un mur ne se valent pas : sommet, base, face verticale, orientation — chaque zone offre des conditions différentes et accueille des espèces distinctes.

Un mur n’est pas un habitat uniforme : c’est un paysage en miniature. Ce sera l’objet du prochain post.

La ruine de Rome (Cymbalaria muralis) : une synurbaine associée aux murs de nos villes

En illustration Cymbalaria muralis3: sans conteste la plante synurbaine associée aux murs de nos villes la plus connue et la plus courante. Celle que l’on nomme parfois en français la  ruine de Rome  — tant on l’associe aux vieux murs et aux ruines antiques — présente une adaptation remarquable à la vie sur les murs : ses tiges florales sont positivement phototropiques — elles cherchent la lumière pour exposer les fleurs aux pollinisateurs. Mais une fois fécondées, elles deviennent négativement phototropiques : elles se courbent vers l’obscurité, poussant les graines dans les anfractuosités sombres.

C’est l’une des rares adaptations actives connues à la colonisation de surfaces verticales.


Notes :

  1. Xu, Q., Jia, R., Zhang, R., et al. (2025). Exploring the Relationship Between Walls and Urban Biodiversity: A Systematic Review. Urban Ecosystems, 28(29).
  2. Francis, R. A. (2011). Wall Ecology: A Frontier for Urban Biodiversity and Ecological Engineering. Progress in Physical Geography, 35(1), 43–63.
  3. Pour en savoir plus sur l’histoire et les particularités de Cymbalaria muralis.