En urbanisme, nous débattons encore comme si nous vivions toujours dans ce 20e siècle paternaliste.
Le débat ne porte pas tant sur la densité, que sur le droit d’entrer.
Nous nous demandons : faut-il densifier ?
Alors que la bonne question est : faut-il autoriser la densification ?
La différence est fondamentale : interdire et autoriser ne sont pas deux options symétriques.
(1) Quand on interdit, on tranche pour tout le monde, à l’aveugle, sans rien savoir de la demande, des cas particuliers, des histoires personnelles.
Celui qui voulait habiter près des emplois, proche des transports, assez proche pour aller travailler à vélo, ne le peut pas. Il n’a plus qu’une option : s’éloigner. On a choisi à sa place.
(2) Quand on autorise, rien n’oblige, on ne force personne. On ne décrète pas la densité : on permet aux acteurs d’en faire une réponse à une demande. S’il y a une demande, on construit. S’il n’y en a pas, on ne construit pas.
Personne n’est obligé de densifier. Ce sont les projets de chacun qui décident, au cas par cas.
Autoriser ne force rien : c’est du sur-mesure, à chaque cas sa réponse.
Interdire force tout : c’est le même arbitrage pour tous, tranché à l’avance. Sur la base d’un seul raisonnement.
Edgar Morin appelait cela l’écologie de l’action. Son principe : toute action échappe à la volonté de son auteur
dès qu’elle entre dans le jeu des inter-rétro-actions de son milieu.
Interdire la densification pour préserver
en est l’exemple parfait. L’intention est de protéger la nature. L’effet, dévié par le réel (il faut bien se loger quelque part, et les emplois sont là, dans la métropole), c’est de fabriquer de l’étalement urbain. L’intention de protection produit son contraire : la destruction de la biodiversité française.
Car ce qu’on ne construit pas en première couronne ne disparaît pas : ça se construit en troisième couronne, plus loin, là où il faut tirer des réseaux, construire de nouvelles routes, artificialiser des terres qui étaient naturelles, agricoles, forestières.
À chaque interdiction de densifier dans le coeur d’une agglomération, nous créons une cohorte de ménages refoulés à 20 ou 30 km : ceux qui auraient choisi le coeur mais à qui on a interdit l’accès.
Et qu’on ne dise pas que s’abstenir serait prudent. Morin l’avait vu aussi. Ne pas agir n’est jamais neutre : l’absence d’action aboutit à la dégradation.
L’interdiction n’est pas une pause, en attendant d’y voir clair. Elle produit, sans attendre, exactement ce qu’elle prétend éviter. Interdire la densification, c’est détruire la nature.
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Maintenant.
Mais les riverains ?
C’est la seule objection sérieuse, et elle mérite une réponse honnête. Oui, construire à côté de chez vous a un coût : un peu de tranquillité, une vue, une habitude dérangées. Mais parlons d’échelle. En densification douce (un terrain partagé, une maison ou un étage de plus) ce coût est minime, et sans commune mesure avec la vie en voiture qu’on impose à ceux qu’on refoule.
D’un côté, le confort de ceux qui sont déjà là. De l’autre, l’accès à la ville, au travail, à une mobilité plus raisonnable, pour ceux qui n’y sont pas encore.
Interdire
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, c’est se croire assez sûr pour décider à la place des autres. Autoriser
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, c’est accepter que toute action est un pari : et laisser le réel trancher.
Le débat ne porte pas tant sur la densité, que sur le droit d’entrer.