Nous devons changer les lois, ou changer ceux qui les font.

Ce cri de ralliement des NIMBYs
Not In My BackYard (NIMBY)
, et cette photo, c’est 5 millions de vues en 24 heures !
Des centaines d’habitants de San Francisco réunis contre un projet de logements pourtant conforme aux règles.
Toute la bataille du logement en Californie tient dans cette image.
La Californie est devenue, en 2024, la quatrième économie mondiale : environ 4’100 milliards de dollars de PIB, devant le Japon, avec seulement 39 millions d’habitants.
On pense tout de suite au cinéma et à la tech mais c’est aussi le premier État manufacturier américain : environ 1,2 million d’emplois industriels, contre 970’000 au Texas.
Pourtant son moteur démographique interne s’essouffle : la croissance de sa population en âge de travailler et née aux États-Unis est faible, et la quasi-totalité de la croissance de sa force de travail vient désormais de l’immigration.
Et malgré une économie hors normes, la Californie continue de perdre des habitants au profit des autres États, notamment à cause du manque de logements.
Trois cartes permettent de comprendre le paradoxe.
1. Le PIB américain est extraordinairement concentré

Sur cette carte, chaque nuance de bleu rassemble des comtés représentant environ 20 % du PIB national.
Une poignée de grandes métropoles produit une part immense de la richesse américaine.
2. Entre 2012 et 2022, près des trois quarts des comtés américains ont perdu des habitants âgés de 25 à 54 ans

Les gains se concentrent principalement dans les grandes aires métropolitaines de l’Ouest et du Sud.
3. La côte californienne bénéficie d’un climat tempéré et d’un grand nombre de journées ensoleillées et confortables

Le cocktail gagnant semble évident : un bassin d’emplois épais + un cadre de vie exceptionnel.
Mais ce succès crée aussi la pénurie d’un troisième ingrédient pourtant essentiel : le logement.
Car ceux qui sont venus s’installer ici pour le cadre de vie refusent évidemment que celui-ci évolue…
Selon les travaux de Greg Morrow, le zonage de Los Angeles aurait permis d’accueillir environ 10 millions d’habitants en 1960.
Après trente années de downzoning
, cette capacité théorique était tombée autour de 4 millions en 1990.
La Californie a continué à concentrer les emplois, la richesse et les talents, tout en réduisant progressivement la quantité de logements qu’elle autorisait à construire.
Et donc depuis une vingtaine d’années : une construction en berne, des prix records et des habitants qui finissent par partir vers des États comme le Texas, où l’on construit davantage.
C’est ici qu’interviennent les YIMBY
La bataille du YIMBY : il reste la moitié du chemin à parcourir
: Yes In My Back Yard.
En 2017, trois personnes fondent California YIMBY dans un bar de San Francisco.
Leur objectif : relégaliser la construction de logements.
Leur premier grand projet de loi, en 2018, est rejeté.
Le suivant est rejeté à son tour.
Puis les victoires commencent à s’enchaîner :
- autorisation des logements accessoires, les ADU : des petites maisons en plus dans les jardins ;
- possibilité de diviser et de densifier certaines parcelles pavillonnaires ;
- suppression, en 2022, des obligations minimales de stationnement près des transports ;
- réforme, en 2025, du droit environnemental pour faciliter certains projets résidentiels.
Et surtout : SB 79, une loi de l’État de Californie, signée en octobre 2025 et entrée en vigueur le 1er juillet 2026.
Elle impose aux villes d’autoriser davantage d’immeubles de logements autour des principales gares et stations de métro, de train ou de bus rapide… même lorsque leur zonage local prévoyait des densités beaucoup plus faibles.
Autrement dit : l’État de Californie retire aux municipalités une partie de leur pouvoir de limiter la densité autour des principaux transports collectifs.
Les premiers projets utilisant cette nouvelle loi commencent à être déposés.
Mais la photo, devenue virale, montre que la bataille est loin d’être terminée.