Protéger la nature en ville, ou protéger la nature de la ville ?

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Publié le 17/02/26
Mis à jour le 17/02/26
3min de lecture
Protéger la nature en ville, ou protéger la nature de la ville ?
@lucadamantium | unsplash.com

Parc des Buttes Chaumont, Paris, France

    Je me suis plongé dans Écologie urbaine1, l’ouvrage collectif coordonné par Nathalie Machon, paru ce mois chez Quæ. Soixante contributeurs, trente-cinq chapitres, un spectre allant de l’écologie des communautés à l’architecture en passant par la génétique des populations. C’est la synthèse francophone la plus complète jamais publiée sur le sujet. Un livre important, qui mérite d’être lu — et discuté.

    Dès le chapitre 1,  La ville comme écosystème , Francesca Di Pietro pose un cadre fort : le paradigme du non-équilibre et le concept de socio-écosystème. L’action humaine y est reconnue comme un  facteur écologique majeur  — l’homme fait partie de l’écosystème qu’il habite, il n’en est pas extérieur.

    Ce cadre ouvre une perspective passionnante — je vous propose de l’explorer à travers une série de posts.

    Pourquoi ? Parce que l’ouvrage rassemble des données remarquables sur la biodiversité urbaine — et que ces données ouvrent une perspective que ses auteurs n’explorent pas encore : et si densifier et préserver la nature en ville n’étaient pas contradictoires ?

    La question n’est pas de savoir si la densification des villes peut nuire à la biodiversité locale — c’est possible, et l’ouvrage le documente. La vraie question est double, et c’est elle qui structure cette série.

    1/ D’un côté, ne pas densifier, c’est étaler. Chaque logement non construit dans l’enveloppe de nos villes est un logement construit en extension urbaine, sur des sols non artificialisés. C’est une atteinte directe à la biodiversité en dehors de la ville — et cette perte est durable.

    2/ De l’autre — et c’est la nouvelle la plus enthousiasmante de l’ouvrage — densifier n’est pas un obstacle insurmontable … cela peut même se révéler un levier favorable à la biodiversité en ville Peut-on mettre la densification douce au service de la biodiversité ? Peut-on mettre la densification douce au service de la biodiversité ? . Les données montrent que la biodiversité urbaine dépend moins de la densité du bâti que du régime de gestion des espaces libres. Le jardinier Biodiversité en ville : le jardinier compte plus que la taille du jardin ! Biodiversité en ville : le jardinier compte plus que la taille du jardin ! qui diversifie ses plantations, qui conserve les arbres et crée les conditions d’un sol vivant, le bâti lui-même qui génère ombres, abris et une grande hétérogénéité de milieux : autant de leviers concrets, actionnables, documentés par l’ouvrage.

    Préserver les sols La densification pour sauver les sols La densification pour sauver les sols non encore urbanisés et améliorer la qualité écologique des espaces libres en ville : ce sont les deux faces d’une même politique. C’est cette marge de progression, considérable et documentée, que l’ouvrage rend visible.

    Dans le prochain article, je vous parlerai de Paris et de ses deux facettes : côté pile, la ville la plus dense d’Europe, mal dotée en couverture arborée. Côté face, 637 espèces végétales sauvages — preuve vivante de la capacité des villes à accueillir une riche biodiversité. Comment les deux coexistent, et ce que ça change au débat.


    Notes :

    1. Machon, Nathalie, Francesca Di Pietro, Valérie Bertaudière-Montès, Laure Carassou, et Serge Muller, dir. Écologie urbaine : Connaissances, enjeux et défis de la biodiversité en ville. Versailles : Éditions Quae, 2025.
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