Urbanistes : 8 signes pour reconnaître le créationniste qui est en vous

Perspectives
Publié le 28/04/26
Mis à jour le 28/04/26
3min de lecture
Urbanistes : 8 signes pour reconnaître le créationniste qui est en vous
Denis Caraire

Monestiés (Tarn), France

  • A. LE CRÉATIONNISTE QUI S’IGNORE
  • B. LE CRÉATIONNISTE QUI SE POSITIONNE

Dans mon précédent article Les urbanistes seraient-ils les derniers créationnistes ? Les urbanistes seraient-ils les derniers créationnistes ? , je vous parlais du créationnisme persistant… chez nous les urbanistes.

Oui.

Cette croyance que la ville naît :

  • du dessin d’un esprit supérieur, et non d’une infinité d’interactions entre acteurs,
  • d’un projet global conçu et cohérent, et non d’une évolution faite d’une myriades d’adaptations et de transformations locales…

Alors posons-nous la question : concrètement, à quoi reconnaît-on le créationniste qui subsiste en nous ?

Bonne nouvelle : il y a des signes. Et ils se rangent en deux familles.

D’abord les signes du créationniste qui s’ignore — celui dont les angles morts cognitifs trahissent la posture, sans qu’il s’en rende compte.

Ensuite les signes du créationniste qui se positionne — celui qui, plus ou moins consciemment, défend son territoire professionnel.

A. LE CRÉATIONNISTE QUI S’IGNORE

1. Il ne comprend pas l’incrémental

Pour lui, il faut un  projet d’ensemble . Que la ville soit produite par sédimentation, ajustement, apprentissage, Pourquoi certaines villes donnent le sentiment d’avoir été « engendrées » plutôt que dessinées ? Pourquoi certaines villes donnent le sentiment d’avoir été  « engendrées » plutôt que dessinées ? c’est une idée qui ne lui vient pas tout de suite.

2. Il ne comprend pas le récursif

Que chaque état d’un territoire contienne en germe les suivants ; que la cohérence d’ensemble se construise étape par étape L’urbanisme incrémental, ou la science de l’adaptation des villes L’urbanisme incrémental, ou la science de l’adaptation des villes — il faut lui faire un dessin.

3. Il ne comprend pas l’effet de levier

Que l’échelle de la parcelle soit celle par laquelle la société se met en mouvement, et qu’il y ait là un effet de masse colossal, ça lui échappe. Il préfère penser  îlot ,  quartier ,  projet d’ensemble .

4. Il croit jouer seul

L’urbanisme est un jeu de go à plusieurs milliers de joueurs. Lui et ses équipes pensent être les seuls à poser des pierres sur le plateau. Les autres ? Du décor, du désordre à contenir. Éventuellement : des poseurs de post-it.

B. LE CRÉATIONNISTE QUI SE POSITIONNE

5. Il oppose aménagement et immobilier

Comme si c’était deux mondes. Alors que ce sont deux faces d’une même pièce : la transformation du cadre de vie. Les séparer, c’est se réserver le  noble  et reléguer le reste.

6. Il assimile l’initiative habitante au marché

Petit projet porté par un particulier ? C’est du marché. Grand projet porté par la puissance publique ? C’est de la politique publique. Un classement bien commode, qui place mécaniquement son intervention du côté… de l’intérêt général.

7. Il pense savoir mieux que les gens ce qui est bon pour eux

Pas la peine de vous faire le dessin.

8. Il veut qu’on passe obligatoirement par lui

La ZAC souple, l’OAP, l’OTU, l’AFU, l’architecte-conseil, l’atelier participatif… Tous les chemins mènent à lui. Si la ville pouvait se transformer sans son entremise, ce serait un scandale !

Le créationniste pense que la ville est son œuvre.

L’urbaniste non créationniste a compris :

  • que la ville est une œuvre collective,
  • que son rôle n’est pas de dessiner ce qui ne peut pas être dessiné, mais de rendre ce jeu possible, et fertile.