L’industrie française du silo

Perspectives
Publié le 14/04/26
Mis à jour le 15/04/26
3min de lecture
L’industrie française du silo
@echeverria.adrien | instagram.com

Port de La Rochelle, France

Dans mon précédent article, je vous parlais de 7 croyances contre les territoires. De ces idées, issues de nos champs professionnels, qui se diffusent dans le débat public.

Je vous disais aussi d’où elles viennent :

  • d’une difficulté persistante à penser les systèmes,
  • à modéliser le réel et le vivant dans leur complexité.

Aujourd’hui, disons-le plus clairement : ces croyances sont des croyances en silo.

Tout le monde répète, partout et tout le temps, qu’il faut sortir des silos. Mais en réalité, nous produisons chaque jour toujours plus :

  • de normes en silo,
  • et de croyances en silo.

Les normes découpent le réel en objets isolés : le bâtiment, la mobilité, l’énergie, le logement, la biodiversité…

Les croyances transforment ce découpage en évidence, en morale étatique et en prêches administratives…

Prenons la première croyance : Croire que pour réduire les émissions carbone du bâtiment, il faut systématiquement privilégier la rénovation vis-à-vis de la construction neuve.

Nous sommes face à un cas typique de croyance en silo. Pourquoi ? Parce qu’elle isole le bâtiment de tout ce qui détermine pourtant son impact réel :

  • sa localisation
  • les distances qu’elle impose
  • les mobilités et les émissions qu’elle génère
  • le territoire et les choix de vie dans lequel le bâtiment s’inscrit

On optimise un objet. On oublie le système.

Or un logement n’émet pas seulement du carbone quand on le construit ou quand on le rénove. Il en émet tous les jours. Par la manière dont il place ses habitants dans l’espace. Et là, les écarts sont majeurs.

Les travaux de modélisation menés par Villes Vivantes et l’OFCE à La Rochelle montrent que :

Facteur 4. Uniquement à cause de la localisation.

Cela suffit à faire tomber la croyance :

  • Un logement ancien, rénové, mais éloigné, peut rester fortement émetteur.
  • Un logement neuf, bien situé, peut être beaucoup plus sobre.

Et pourtant, nous continuons à raisonner en silo. Et à répéter notre catéchisme. Regardons les effets : interdire à la location des logements mal classés dans des zones très centrales comme Paris, alors même qu’ils font partie des logements les moins émetteurs du pays du point de vue des mobilités…

On améliore un indicateur. On dégrade le système.

Ces croyances ne sont pas des erreurs isolées. Elles sont le produit direct d’une pensée qui a perdu le sens du système.

Il est illusoire de croire que nous pourrons réduire les émissions de la France avec une somme de plans sectoriels, optimisés chacun par des pilotages nationaux en silo. Nous devons permettre aux acteurs locaux de prendre leurs décisions en tenant compte de leur contexte global réel et des options qui sont concrètement à leur disposition.