Les villes anciennes sont-elles vraiment le résultat d’un urbanisme “low tech” ?

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3 min de lecture  |  Publié le 06/06/2023 sur | Mis à jour le 05/07/23

Ne seraient-elles pas plutôt le résultat de l’application de dispositifs intelligents, de modèles sophistiqués, de règles subtiles, de patterns mnémotechniques et de méthodes pointues que l’on serait en droit de qualifier, humblement, de “high tech” ?

“Produire du froid gratuit”, ventiler naturellement, faire baisser les températures réelles et ressenties, sans énergie, avec élégance, par exemple, n’est pas donné à tout le monde, et loin d’être simple à réaliser !

Alors, est-ce vraiment “low tech” ?

Pourquoi n’arrive-t-on plus à faire ce que l’on réussissait il y a un siècle ?

“Le niveau de connaissances s’est effondré de façon parfaitement parallèle à la disponibilité du pétrole au 20ème siècle”.

C’est par cette formule volontairement provocante que Marc Muller, fondateur d’Impact Living, commence l’un de ses posts Linkedin. Il y pointe du doigt le fait que pendant 2000 ans, les bâtiments étaient conçus de manière à résister à la chaleur – art qui s’est vraisemblablement perdu au 20ème siècle.

C’est vrai, l’énergie peu chère nous a permis de nous passer d’intelligence et de recourir à des palliatifs simplistes (la climatisation, par exemple) : des palliatifs “low tech” finalement.

J’ajouterais que le niveau des connaissances s’est également effondré de façon parfaitement parallèle :

  1. à l’avènement, dans le champ de l’architecture et de l’urbanisme, de l’idéologie de la “tabula rasa” : on a souhaité raser le coeur de Paris comme on a souhaité éliminer, grâce au tout béton notamment, les métiers, les corps d’état, l’artisanat, les savoir-faire, les modèles architecturaux et urbains, l’art de bâtir les villes…
  2. à l’ultra-découpage des sciences et des techniques, lequel a abouti à ce qu’un bâtiment ou une ville ne puisse plus être compris – ni modélisé – de façon “systémique”, globale, intelligente.

Les modélisations sectorielles – “scientifiques” au sens moderne du terme – des ingénieries et des sciences humaines et sociales ont supplanté les modèles architecturaux et urbains historiques, dans l’enseignement, et dans la pratique.

Et si les urbanistes et architectes s’inspiraient des “design patterns” ?

Rien n’est perdu pour autant, nous pouvons (en nous pressant un peu !) :

  1. considérer les villes anciennes comme un réservoir de connaissances, un état de l’art qui ne demande qu’à être mobilisé ;
  2. les modéliser, avec une méthode de modélisation qui ne procède pas au découpage des objets aspect par aspect, facette par facette, mais qui fasse ressortir l’intelligence multidimensionnelle des dispositifs architecturaux et urbains dont nous pouvons aujourd’hui constater les performances : une méthode de modélisation “architecturale”.

Le travail de Christopher Alexander et son équipe du “Pattern Language” dans les années 70 est pionnier en la matière.

Pendant plusieurs décennies, le monde des développeurs logiciels s’est très largement approprié cette méthode des “design patterns” pour formaliser, partager, faire évoluer les connaissances naissantes de la discipline, des connaissances utiles dans la résolution de problèmes de conception complexes.

En urbanisme et en architecture, ce travail, à l’époque moderne, n’a quasiment pas commencé…

Alors il est peut-être temps de l’entamer !

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