Les villes sont des créatures étranges. Pas tout à fait des corps purs. Plutôt des alliages.
Des alliages d’éléments contrastés, parfois franchement contradictoires.
Une ville peut être à la fois très planifiée… et extraordinairement libre.
Elle peut être l’un des systèmes les plus réglementés de notre société… tout en étant l’un de ses plus vastes espaces de liberté économique, culturelle et sociale.
On y trouve :
- des règles publiques très puissantes… et des milliers de décisions privées ;
- des infrastructures planifiées sur des décennies… et des transformations minuscules décidées du jour au lendemain ;
- des visions politiques… et des projets individuels ;
- du béton, des pierres… et des milliers de jardiniers.
C’est ce type d’alliages improbables qui fabrique les villes.
Et ces alliages se forment pas à pas, dans le temps.
Une ville est faite de chapitres successifs.
Des chapitres écrits par des générations d’élus, d’architectes, d’entrepreneurs, d’habitants.
Ces chapitres ne remplacent presque jamais les précédents.
Ils s’ajoutent.
Parce qu’une fois qu’un morceau de ville existe, toute la ville s’y adapte : les habitants, les commerces, les mobilités, les usages.
C’est pour cette raison qu’un maire défait rarement ce qu’a fait son prédécesseur : la ville et tous ses acteurs ont déjà absorbé
ce chapitre.
Dans ce contexte, la question fondamentale pour tous ceux qui gouvernent ou aménagent une ville est presque toujours la même :
Qu’est-ce qui manque ?
(que pensez-vous de la réponse de Thierry Lechanteur a qui j’ai emprunté cette image ?)
Chaque ville est un équilibre provisoire.
- Parfois, il faut contrebalancer une tendance dominante ;
- Parfois il faut, au contraire, l’accentuer pour lui permettre d’atteindre sa pleine puissance.
Mais dans tous les cas, on ne repart pas de zéro. On doit écrire le chapitre suivant.
L’urbanisme organique repose précisément sur cette idée : une ville n’est pas un objet qu’on dessine une fois pour toutes.
C’est une œuvre collective qui commence petit et se poursuit par petites touches.
Une réalité physique partagée qui se construit par ajouts, transformations, subdivisions, adaptations successives.
Un tissu urbain façonné à la fois par :
- la puissance publique ;
- des opérateurs et des concepteurs ;
- et les acteurs eux-mêmes, à commencer par les habitants.
Lorsque cet équilibre fonctionne, la ville devient un phénomène rare : un lieu vivant où se réconcilient des forces que l’on croit souvent incompatibles.
- Ordre et liberté ;
- Planification et initiative individuelle ;
- Amateurisme inspiré, et professionnalisme suranné ;
- Chaînes logistiques démentielles, et frivolités artistiques ;
- Cadre de vie partagé, et diversité des modes de vie ;
- Industrie et services ;
- Artificialisation et nature.
N’est-ce pas cela, au fond, la vraie mission d’une politique urbaine : organiser la coexistence féconde des contraires
Urbanisme organique : les lieux de réconciliation des contraires
?
Construire une écologie des forces opposées ?